Le colloque devait réunir, samedi 31 octobre, plusieurs figures de l’extrême droite européenne dans une salle municipale du Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine. Le lendemain, le collectif Objectif Remigration entendait manifester dans les rues de Paris. Ces deux événements ont été interdits jeudi 29 octobre par arrêtés préfectoraux, à la demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
La préfecture de police de Paris justifie ces décisions par les risques de troubles à l’ordre public, « notamment à la suite de l’attentat de Trappes ». Vendredi 23 octobre, un homme avait ouvert le feu à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, tuant Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessant sept autres personnes. Le Parquet national antiterroriste, saisi de l'enquête, retient notamment la circonstance aggravante liée à l'origine ou à la religion réelle ou supposée des victimes.
Éric Zemmour et plusieurs figures de l’extrême droite attendus
Organisé par Polémia, cercle de réflexion identitaire fondé par l'ancien eurodéputé du Front national Jean-Yves Le Gallou, le colloque devait se tenir à la Maison des arts du Plessis-Robinson. Baptisée « Remigration : ouvrons le débat », la rencontre annonçait notamment la participation d'Éric Zemmour, de l'écrivain Renaud Camus, d'Alice Cordier, fondatrice du collectif Némésis, ainsi que de représentants de l'AfD allemande et du parti nationaliste flamand Vlaams Belang.
Le terme de « remigration », popularisé dans les milieux identitaires européens, désigne un projet d'expulsion massive de populations d'origine étrangère. Ses promoteurs le présentent comme une réponse à l'immigration, tandis que ses opposants dénoncent une politique de discrimination fondée sur l'origine, susceptible de viser également des personnes installées légalement ou nées dans le pays.
La tenue du colloque dans un équipement municipal avait provoqué une polémique locale. Brice Gaillard, premier secrétaire du Parti socialiste dans les Hauts-de-Seine et conseiller municipal d'opposition, avait notamment interpellé le maire Les Républicains Philippe Pemezec. Le sénateur communiste Pierre Ouzoulias et le député insoumis Aurélien Saintoul avaient également réclamé son interdiction.
Une vingtaine d'organisations avaient appelé à se mobiliser
À Paris, le maire socialiste Emmanuel Grégoire avait saisi mercredi le préfet de police afin de demander un examen des risques liés aux rassemblements annoncés. La France insoumise dénonçait de son côté un « week-end néonazi », accusant notamment Objectif Remigration de rassembler des militants issus de Génération identitaire et du Comité du 9 Mai, organisation de la mouvance ultranationaliste.
Une vingtaine d'organisations, parmi lesquelles Plessis Insoumis, NousToutes92 et Utopia56, avaient appelé à des contre-rassemblements. Plusieurs syndicats des Hauts-de-Seine, dont la CFDT, la CGT, Force ouvrière, la FSU et Solidaires, demandaient également l'annulation du colloque. Les opposants entendaient notamment se retrouver samedi devant la Maison des arts, puis dimanche à Paris, en marge de la manifestation identitaire.
Un troisième rendez-vous était par ailleurs annoncé vendredi 30 octobre dans une librairie du VIIe arrondissement de Paris. Le militant autrichien Martin Sellner, figure de la mouvance identitaire européenne, devait y présenter son ouvrage consacré à la « remigration ». Cette séance de dédicaces, elle aussi contestée par plusieurs organisations, n'est pas visée par les deux interdictions annoncées jeudi.
Les organisateurs saisissent la justice
Les deux décisions préfectorales font désormais l'objet de contestations judiciaires. Objectif Remigration a annoncé le dépôt d'un référé-liberté pour tenter de maintenir sa manifestation de dimanche. Le collectif dénonce une atteinte à la liberté de manifester et accuse les autorités de réserver un traitement différent aux rassemblements selon leur orientation politique.
Jean-Yves Le Gallou a également annoncé un recours contre l'interdiction du colloque de Polémia, confié à l'avocat Jérôme Triomphe. L'ancien responsable frontiste estime que la décision porte atteinte à la liberté d'expression et de débat. Les organisateurs demandent au juge administratif de suspendre les arrêtés avant les dates prévues des événements.






