Les plateformes chinoises de commerce en ligne vont devoir composer avec un nouveau tour de vis douanier. À compter du dimanche 1er novembre, l'Union européenne prélèvera deux euros de frais de traitement par catégorie de marchandises importées, en supplément des trois euros de droits de douane instaurés en juillet sur les envois de moins de 150 euros. Pour Shein, Temu ou AliExpress, la charge atteindra désormais cinq euros par catégorie de produits, indépendamment de leur prix.
Cette nouvelle mesure intervient alors que les premières restrictions commencent à peser sur les activités des géants du commerce à bas coût. Mercredi 28 octobre, le gouvernement français a fait état d'une baisse de 48 % des montants de TVA déclarés sur les petits colis entre juin et août. Un chiffre encore provisoire, mais que le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, présente comme l'un des premiers effets de la politique engagée contre les importations à bas prix.
Jusqu'à quinze euros de frais pour une commande de trois articles
Le dispositif européen repose sur une particularité : les droits ne sont pas calculés sur la valeur des marchandises, mais sur leur classification douanière. Un colis contenant trois tee-shirts identiques ne supportera ainsi que cinq euros de prélèvements. En revanche, une commande réunissant un vêtement, un jouet et une paire d'écouteurs pourra générer quinze euros de droits et frais, contre neuf euros jusqu'à présent.
Le calcul prend une dimension particulière au regard des prix pratiqués sur ces plateformes. Selon une étude publiée par les douanes françaises en décembre 2025, la moitié des articles importés dans les petits colis avaient une valeur inférieure à 3,40 euros. Leur prix moyen atteignait seulement 6,40 euros, contre 11,30 euros en 2022. Une charge de cinq euros par catégorie représente donc un coût considérable pour les produits les moins chers, même lorsque plusieurs articles peuvent être regroupés sous une même classification.
Reste à savoir quelle part de cette hausse sera supportée par les consommateurs. Les plateformes, les vendeurs ou les intermédiaires sont juridiquement redevables des prélèvements, mais peuvent les intégrer à leurs prix. Selon les modalités de vente et de livraison, certaines sommes peuvent également être réclamées lors du dédouanement. Les nouveaux frais de deux euros concerneront aussi les commandes supérieures à 150 euros, auxquelles s'appliquent les droits de douane habituels.
Shein a déjà perdu 42 % de son audience française en un an
L'offensive européenne semble avoir commencé à modifier les habitudes d'achat. D'après les données de Médiamétrie publiées par la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, la fréquentation de Shein a reculé de 42,3 % en juillet sur un an, celle de Temu de 36,4 % et celle d'AliExpress de 10,4 %. Le ministre du Commerce, Serge Papin, a également évoqué mercredi une baisse d'environ 25 % de la valeur des ventes de ces plateformes en septembre. Des évolutions que le gouvernement attribue notamment au durcissement des règles douanières, sans qu'il soit encore possible d'en isoler précisément les effets.
La France avait ouvert la voie dès mars avec une taxe nationale de deux euros sur les petits colis, abandonnée quatre mois plus tard au profit du droit européen de trois euros. Le passage à un dispositif commun aux vingt-sept États membres doit notamment limiter les possibilités de contournement par les plateformes, qui peuvent faire entrer leurs marchandises par d'autres pays de l'Union. L'importation en gros et le stockage préalable dans des entrepôts européens restent toutefois des moyens d'échapper aux prélèvements applicables aux ventes expédiées directement depuis des pays tiers.
Les volumes donnent la mesure de l'enjeu. En 2025, près de 5,9 milliards d'articles de faible valeur ont été importés dans l'Union européenne, soit quatre fois plus qu'en 2022. La Chine représentait plus de 90 % de ces flux. Pour Bruxelles, l'afflux de marchandises complique les contrôles de conformité et de sécurité, tandis que les distributeurs européens dénoncent depuis plusieurs années une concurrence fiscale et réglementaire déséquilibrée.
La redevance qui entre en vigueur dimanche doit précisément contribuer au financement des contrôles douaniers. Son montant sera réexaminé tous les deux ans. Le droit forfaitaire de trois euros restera, lui, en vigueur jusqu'au 1er juillet 2028, date prévue pour son remplacement par les tarifs douaniers ordinaires dans le cadre de la réforme européenne.






