Emmanuel Macron espère voir les lycéens retrouver le chemin des salles de classe dès le lundi 2 novembre. Dans un entretien de plus d'une heure et vingt minutes accordé mercredi soir à Hugo Travers, fondateur du média HugoDécrypte, le président de la République a défendu les mesures annoncées par son gouvernement pour répondre à la contestation qui secoue les établissements depuis la mi-septembre. Face à un journaliste suivi par plusieurs millions de jeunes, le chef de l'État a reconnu certaines erreurs dans la gestion de la crise, tout en estimant que les conditions étaient désormais réunies pour un retour au calme.
Cette prise de parole intervient trois jours avant une nouvelle journée nationale de mobilisation, prévue samedi 31 octobre, et après plusieurs semaines marquées par des blocages de lycées, des manifestations et des affrontements avec les forces de l'ordre. Alors que le mouvement s'est progressivement étendu aux questions de pouvoir d'achat et de violences policières, Emmanuel Macron cherche à convaincre les lycéens de mettre un terme à leur contestation en s'appuyant sur des engagements dont une grande partie ne se concrétisera pas avant son départ de l'Élysée, en mai 2027.
« La jeunesse a été entendue », assure Emmanuel Macron
Au cours de l'entretien, Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de reprendre les cours après les vacances de la Toussaint, considérant que les discussions engagées avec les représentants lycéens et les annonces gouvernementales avaient permis de répondre à leurs inquiétudes. « Je souhaite qu'à la rentrée, après les vacances de la Toussaint, les lycées puissent rouvrir parce que quand on parle de l'avenir de notre jeunesse, il faut qu'elle puisse reprendre les cours », a déclaré le président, qui souhaite également que le calme revienne dans les établissements.
Le chef de l'État a toutefois reconnu que la réaction des pouvoirs publics avait été tardive. « On n'a pas été assez rapides collectivement dans la réponse », a-t-il admis, estimant que l'exécutif aurait dû agir plus tôt face aux premières revendications. Depuis le début du mouvement, les lycéens dénoncent notamment les effectifs trop importants dans certaines classes, les difficultés d'orientation, le manque de moyens et les conditions d'apprentissage dans des bâtiments parfois dégradés. Des problèmes que le gouvernement s'est engagé à traiter après une consultation ayant recueilli plus de 100 000 contributions.
L'appel présidentiel intervient néanmoins alors que les organisations lycéennes et étudiantes jugent les annonces insuffisantes. L'intersyndicale jeunesse a maintenu son appel à manifester samedi, tandis que plusieurs syndicats enseignants soutiennent la poursuite du mouvement. À gauche, la présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a également contesté la volonté du gouvernement de fixer lui-même les conditions d'une sortie de crise, estimant que la mobilisation devait se poursuivre tant que les revendications n'étaient pas satisfaites.
Parcoursup remplacé en 2028, après le départ du président
L'une des principales réponses apportées par le gouvernement concerne Parcoursup, dont le remplacement a été annoncé pour 2028. Emmanuel Macron a pourtant continué de défendre le dispositif créé sous son premier quinquennat, le jugeant « bien meilleur que ce qu'on avait avant », tout en reconnaissant qu'il devait être refondé pour améliorer la transparence des critères d'admission. Dès la campagne 2027, les formations devront rendre leurs critères de sélection plus compréhensibles et expliquer les refus opposés aux candidats, avant la mise en place d'un nouveau système l'année suivante.
Les autres engagements présentés lundi 26 octobre par les ministres Édouard Geffray et Philippe Baptiste, puis confirmés mercredi à l'Assemblée nationale par le Premier ministre Sébastien Lecornu, suivent un calendrier similaire. Le gouvernement prévoit de limiter les classes de seconde à 28 élèves dès 2027 dans la moitié des lycées les moins favorisés, avant une généralisation en 2028. Il promet également 15 000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur entre 2027 et 2028, ainsi que 500 postes d'enseignants supplémentaires dans le secondaire dès l'année prochaine.
Concernant la rénovation des établissements, Emmanuel Macron a défendu la mise à disposition de quatre milliards d'euros de prêts à taux préférentiels destinés aux collectivités territoriales d'ici 2030. Ces sommes, qui devront être remboursées, ne constituent toutefois pas des subventions directement versées aux établissements. Le décalage entre l'urgence des revendications et le calendrier des réformes apparaît d'autant plus important que les mesures les plus structurantes, notamment le remplacement de Parcoursup et la généralisation du plafonnement des classes, devront être mises en œuvre sous une autre présidence.
Sur les violences policières, Emmanuel Macron reconnaît un « échec collectif »
L'entretien a également permis à Hugo Travers d'interroger le président sur les violences survenues depuis le début de la contestation, en particulier celles qui ont touché plusieurs lycéens. Questionné sur le cas d'un adolescent ayant perdu une main, Emmanuel Macron a exprimé sa compassion et reconnu que la situation constituait un « échec collectif ». Il a néanmoins refusé d'opposer les manifestants blessés aux policiers et gendarmes également touchés lors des affrontements, défendant la nécessité du maintien de l'ordre et assurant que des enquêtes avaient été ouvertes lorsque des comportements policiers inappropriés avaient été signalés.
Revenant sur les manifestations du 17 octobre, marquées par des pillages et des dégradations dans plusieurs villes, le chef de l'État a également reconnu un défaut d'anticipation des autorités. Il a cependant maintenu ses accusations contre certains élus de La France insoumise, auxquels il reproche d'avoir encouragé les tensions autour des établissements scolaires. Cette question du maintien de l'ordre reste au cœur des discussions avec les représentants lycéens, qui doivent être reçus jeudi 29 octobre par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, notamment pour évoquer les interventions policières lors des blocages et des manifestations.
La contestation dépasse désormais le seul cadre de l'Éducation nationale, comme l'ont montré les mobilisations des 17 et 24 octobre, auxquelles se sont ajoutées des revendications sur la vie chère. Interrogé sur le prix des carburants, Emmanuel Macron a de nouveau écarté une baisse générale des taxes, considérant qu'elle profiterait également aux ménages les plus aisés et priverait les finances publiques de recettes. Sur les salaires, il a privilégié la reprise des négociations dans les branches professionnelles. Des positions maintenues alors qu'une nouvelle manifestation est prévue samedi 31 octobre, avant une autre journée d'action intersyndicale annoncée pour le 5 novembre.






