Vendredi soir, Moody’s a épargné une nouvelle dégradation à la dette française. Lundi 26 octobre, les marchés ont salué ce répit en ramenant le rendement des obligations d’État à dix ans autour de 4,95 %, contre 5,15 % jeudi. Le reflux ne change pourtant pas l’essentiel : jamais depuis 2002 les titres français à dix ans n’avaient affiché un rendement aussi élevé. Alors que le gouvernement tente d’arracher un compromis budgétaire à l’Assemblée nationale, la défiance financière se chiffre désormais en milliards.

La France conserve sa note Aa3, assortie d’une perspective négative. Sébastien Lecornu s’est félicité d’une décision qui « déjoue les pronostics déclinistes ». Mais l’agence Moody’s n’accorde aucun blanc-seing : elle suppose que le budget 2027 réduira effectivement le déficit et que les tensions politiques et sociales reflueront. Deux paris, plutôt que deux certitudes.

La France paie plus cher que l’Italie

Le taux à dix ans a brièvement dépassé 5,1 % la semaine dernière, un niveau inconnu depuis vingt-quatre ans. Plus préoccupant encore, l’écart avec l’Allemagne, référence de sécurité de la zone euro, a frôlé 175 points de base, son plus haut niveau depuis 2011. Lundi matin, cette prime de risque restait proche de 160 points. Pour emprunter sur la même durée, Paris doit ainsi offrir environ 1,6 point de pourcentage de rendement supplémentaire à Berlin.

La remontée des taux touche une grande partie des économies développées, sous l’effet notamment de l’inflation et des tensions énergétiques. Mais le décrochage français ne s’y résume pas. Les investisseurs sanctionnent aussi l’instabilité parlementaire, une dette croissante et l’incertitude entourant la présidentielle de 2027. Selon Reuters, la France se finance même à un coût supérieur à celui de l’Italie, pourtant moins bien notée.

Les intérêts dévorent les marges de manœuvre

Cette méfiance n’alourdit pas du jour au lendemain les intérêts de tous les emprunts déjà contractés : les titres anciens conservent leurs conditions jusqu’à échéance. Elle renchérit en revanche les nouvelles émissions et le refinancement des obligations arrivant à maturité. Or l’Agence France Trésor prévoit un besoin de financement de 339,7 milliards d’euros en 2027, soit 28 milliards de plus qu’en 2026.

Le projet de budget mesure déjà l’ampleur de la contrainte. Pour l’ensemble des administrations publiques, la charge d’intérêts grimperait de 79,2 milliards d’euros cette année à 91,2 milliards en 2027, selon les prévisions gouvernementales. Douze milliards supplémentaires qui ne pourront pas financer d’autres politiques publiques. Cette hausse tient à la combinaison de l’endettement accumulé et du renchérissement progressif de son financement, pas au seul accès de fièvre d’octobre.

Le budget 2027 comme ligne de fracture

Pour tenir sa promesse d’un déficit ramené de 5,4 % du PIB en 2026 à 5 % l’an prochain, l’exécutif présente 43 milliards d’euros de nouvelles mesures de redressement, au sein d’un effort total affiché de 54 milliards. « Cette cible est intangible », a assuré le ministre de l’Économie Roland Lescure. Mais le projet est disputé au Parlement, où les oppositions contestent plusieurs économies prévues.

Moody’s ne partage d’ailleurs pas entièrement les ambitions de Bercy : l’agence anticipe un déficit de 5,2 % en 2027. La dette publique atteindrait, selon le Trésor, 121,7 % du PIB, même si le budget était adopté. Le prochain examen de la France par Standard & Poor’s, attendu le 27 novembre, interviendra au cœur de cette bataille budgétaire.