Pour prêter de l’argent à la France pendant dix ans, les investisseurs réclament désormais un rendement de 5 %. Le seuil a été atteint mercredi 21 octobre, une première depuis 2002, selon Reuters. Cet indicateur, surveillé au jour le jour par le ministère des Finances, traduit la dégradation des conditions dans lesquelles l’État renouvelle sa dette. Il ne signifie pas que tous les emprunts français coûtent soudain 5 %, mais chaque nouvelle émission à taux élevé alourdira progressivement la facture.

L’écart avec l’Allemagne, référence européenne pour les emprunts d’État, atteint environ 1,57 point de pourcentage. Le problème n’est donc pas seulement mondial : la hausse générale des taux, liée notamment aux tensions énergétiques, se double d’une défiance spécifique envers les finances françaises et leur gouvernabilité.

Un déficit qui pourrait atteindre 6,4 % du PIB

Le gouvernement Sébastien Lecornu cherche à faire adopter un budget prévoyant 54 milliards d’euros d’économies ou de recettes supplémentaires. Sans accord à l’Assemblée nationale, le déficit pourrait atteindre 6,4 % du produit intérieur brut, selon les scénarios cités par Reuters. Même avec le programme gouvernemental, il resterait au-dessus de 5 %, ce qui éloignerait encore la France des règles budgétaires européennes.

La dette publique pourrait dépasser 120 % du PIB. Son coût de financement dépend aussi des échéances de remboursement : les emprunts anciens, souvent conclus à des taux plus faibles, sont remplacés peu à peu par de nouvelles obligations. Cette mécanique explique pourquoi les conséquences d’une remontée des taux peuvent se prolonger plusieurs années après le choc initial.

La comparaison avec 2002 mérite une précaution : le volume de dette, le contexte monétaire et les besoins de financement n'étaient pas ceux d'aujourd'hui. Un taux nominal identique n'a donc pas exactement les mêmes conséquences économiques. Ce qui frappe les investisseurs est surtout l'évolution relative par rapport aux autres emprunteurs européens, conjuguée à un déficit persistant. La France continue d'emprunter sur les marchés, mais chaque hausse durable du rendement demandé réduit, à terme, l'espace budgétaire disponible pour d'autres dépenses.

L’élection de 2027 entre déjà dans les calculs

La perspective d’une présidentielle en avril 2027 ajoute une inconnue. Le prochain chef de l’État devra composer avec une Assemblée fragmentée et des engagements de dépenses difficiles à financer. Les marchés anticipent ainsi plusieurs mois sans visibilité politique claire, au-delà même de l’examen du budget en cours.

Cette tension concerne aussi les banques, dont les portefeuilles détiennent des titres de dette publique et dont le coût d’emprunt évolue avec les taux de marché. Les établissements disposent aujourd’hui de protections prudentielles renforcées par rapport à la crise de la zone euro, mais une dégradation durable pourrait peser sur leurs conditions de financement, puis sur les crédits proposés aux entreprises. Pour Bercy, la discussion parlementaire ne porte donc plus seulement sur le montant des économies : elle joue aussi sur la confiance de ceux qui financent chaque année les besoins de l’État.