La mobilisation des lycéens est loin d'être terminée. À Paris, Marseille, Rennes ou encore Toulouse, plusieurs établissements ont de nouveau été bloqués ce lundi matin, près de trois semaines après le début d'un mouvement de contestation qui dénonce le manque de moyens de l'Éducation nationale. Si l'ampleur des perturbations varie désormais considérablement d'une ville à l'autre, les revendications demeurent et les organisations lycéennes entendent maintenir la pression sur le gouvernement.

L'exécutif observe pourtant une « nette décélération » du mouvement depuis plusieurs jours. Vendredi, 141 lycées étaient encore fermés, contre 157 la veille, selon le ministère de l'Éducation nationale, qui assurait que plus de 96 % des établissements fonctionnaient. Des chiffres qui contrastent avec l'ampleur des précédentes manifestations, mais qui ne suffisent pas à écarter le risque d'une nouvelle mobilisation importante mardi.

Des blocages toujours nombreux, des tensions persistantes

Dans la capitale, plusieurs lycées, notamment Jules-Ferry, Chaptal, Racine, Condorcet et Hélène-Boucher, ont de nouveau été bloqués ce lundi matin. À Rennes, la préfecture a recensé une dizaine d'établissements perturbés, avec des incendies de mobilier urbain et des jets de projectiles. Des actions ont également été signalées à Marseille, Lille, Antibes et dans plusieurs communes du Val-de-Marne. En Haute-Garonne, les lycées Toulouse-Lautrec, Joseph-Gallieni et Charles-de-Gaulle, à Muret, sont concernés, tandis que d'autres établissements de l'agglomération toulousaine ont retrouvé leur fonctionnement habituel.

Ces nouvelles actions se déroulent dans un climat toujours tendu. À Marseille, un policier a été hospitalisé après avoir été touché à la nuque par un tir de mortier devant le lycée Saint-Exupéry. Deux personnels de l'Éducation nationale ont également été blessés au Kremlin-Bicêtre, selon les autorités, tandis que deux agents de la région Grand Est ont été touchés à Reims. Interrogé ce lundi matin, Emmanuel Macron a appelé les jeunes à se mobiliser « dans le calme, dans l'ordre et dans le respect à la fois des personnes et des biens », tout en reconnaissant que leurs revendications méritaient « du temps, de la concertation, de la discussion ».

Les 3 000 professeurs annoncés ne convainquent pas

Face à la contestation, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé jeudi le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants dans les établissements les plus en difficulté. Une mesure dont l'application a commencé, selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, mais que les syndicats jugent insuffisante. Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, estime notamment que certains enseignants pourraient être affectés à des disciplines différentes de leur spécialité, sans permettre de remplacer effectivement les heures de cours perdues.

Le gouvernement mise également sur une plateforme de consultation qui avait recueilli quelque 67 000 contributions à la fin de la semaine dernière. Selon une première analyse, les emplois du temps arrivent en tête des préoccupations, mentionnés dans 70 % des réponses, devant l'état des bâtiments scolaires (48,2 %) et les difficultés de remplacement des enseignants (27,2 %). Dimanche, le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis que certaines propositions seraient reprises dans des amendements au budget 2027. Une perspective encore éloignée des demandes de l'Union syndicale lycéenne, qui réclame notamment un plan d'investissement de 10 milliards d'euros et la suppression de Parcoursup.

« Il faut maintenir la pression »

Après une manifestation qui avait rassemblé plus de 250 000 personnes le 6 octobre, puis 71 500 participants le 8 octobre selon le ministère de l'Intérieur, les organisations lycéennes préparent désormais leur cinquième journée nationale de mobilisation. « Il faut maintenir la pression et il faut amplifier la mobilisation », avait déclaré jeudi Marius Mesnil, cosecrétaire général de l'Union syndicale lycéenne, à l'issue d'une rencontre avec Édouard Geffray. Plusieurs organisations d'enseignants, dont la FSU, l'UNSA Éducation, la CGT Éduc'action et SUD Éducation, appellent également à la grève mardi 13 octobre.

Le mouvement conserve par ailleurs un soutien important dans l'opinion. Selon un sondage Ipsos-BVA publié dimanche, 54 % des Français soutiennent la contestation lycéenne, avec une adhésion particulièrement forte aux demandes de réduction des effectifs par classe (82 %) et de rénovation des établissements (79 %). La cinquième journée de manifestations devrait permettre de mesurer la capacité des lycéens à élargir de nouveau leur mobilisation, alors que le gouvernement espère une reprise progressive des cours et que les vacances scolaires approchent.