Après les lycéens, les étudiants et les Gilets jaunes, les salariés sont appelés à prendre le relais de la contestation sociale. Plus de 220 actions sont annoncées ce jeudi 5 novembre à travers le pays, à l'occasion d'une journée de grève interprofessionnelle qui pourrait donner une nouvelle ampleur au mouvement engagé depuis la rentrée. Selon des notes des services de renseignement consultées par RTL, entre 500 000 et 700 000 personnes pourraient manifester en province, auxquelles s'ajouteraient 40 000 à 80 000 participants dans la capitale. Des prévisions qui témoignent de l'ampleur attendue de la mobilisation, sans préjuger de la participation réelle.

Pour la première fois depuis le début de cette séquence de contestation, les syndicats cherchent à réunir dans un même mouvement les salariés du privé, les fonctionnaires, les retraités et la jeunesse. L'appel, initialement lancé le 5 octobre par la CGT, la CFDT, FO, l'Unsa et la FSU, a depuis été rejoint par d'autres organisations, dont Solidaires, mais pas par la CFE-CGC au niveau national. « Ce sera une grande journée de convergence avec les salariés du privé qui seront présents, les fonctionnaires, les retraités, les jeunes », a déclaré Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, sur France 2.

« Tout augmente sauf les salaires et les pensions »

Au cœur des revendications figure le pouvoir d'achat, dans un contexte de hausse des prix de l'alimentation, de l'énergie et du logement. Les organisations syndicales réclament l'ouverture immédiate de négociations salariales, une augmentation du Smic et des pensions de retraite, ainsi qu'une revalorisation du point d'indice des fonctionnaires. La CFDT demande notamment une hausse de 100 euros nets du Smic, tandis que la CGT défend une augmentation de 10 % et l'indexation des salaires sur l'inflation. Les syndicats veulent aussi remettre en cause certaines orientations du budget 2027, accusé de faire peser l'effort financier sur les salariés et les services publics.

Le dialogue avec l'exécutif apparaît particulièrement dégradé depuis la rencontre du 21 octobre à Matignon. Reçus pendant deux heures trente par le Premier ministre Sébastien Lecornu, les représentants syndicaux étaient repartis sans engagement concret sur leurs principales revendications. « Le gouvernement ne nous a annoncé aucune mesure, aucune prise en compte de nos revendications », avait dénoncé Sophie Binet, appelant à « franchir un nouveau cap dans la mobilisation ». Même déception du côté de la CFDT, dont la secrétaire générale, Marylise Léon, estimait que le gouvernement n'était « pas vraiment dans le tempo ».

Cette frustration dépasse les seules organisations les plus contestataires. « Ça fait des semaines qu'on alerte sur cette colère sourde, que la petite goutte d'eau qui fait déborder le vase, c'est le prix du carburant », avait souligné Frédéric Souillot, secrétaire général de Force ouvrière, à l'issue de la réunion. Les syndicats espèrent désormais transformer ce mécontentement diffus en rapport de force dans les entreprises, alors que les discussions parlementaires sur le budget de l'État et celui de la Sécurité sociale pour 2027 se poursuivent.

Transports, écoles, hôpitaux : une mobilisation aux effets inégaux

À la SNCF, les quatre organisations syndicales représentatives ont appelé les cheminots à cesser le travail. Les conséquences devraient toutefois être très variables selon les réseaux : neuf TGV sur dix doivent circuler, mais certaines lignes régionales et franciliennes connaîtront des perturbations plus importantes. En Île-de-France, un train sur trois est notamment prévu sur le RER D et un sur deux sur le RER C. La RATP annonce pour sa part un trafic normal sur les métros, les tramways et les bus qu'elle exploite.

Dans l'Éducation nationale, le ministère anticipe un taux de grévistes de 17,54 % dans le premier degré public. Le syndicat FSU-Snuipp fait cependant état de mobilisations locales nettement supérieures, évoquant jusqu'à 75 % de grévistes dans certains secteurs de Seine-Saint-Denis et près de 80 écoles fermées à Paris. Dans les collèges et lycées, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, prévoit une grève « bien suivie ». Les syndicats de la santé, de La Poste et des télécommunications ont également déposé des appels à la mobilisation.

La jonction avec les mouvements lycéens et étudiants constitue une autre particularité de cette journée. Plusieurs organisations de jeunesse ont appelé à poursuivre les blocages d'établissements et à rejoindre les manifestations. « Les travailleurs nous ont soutenus, on les soutient aussi », a expliqué Ryad Rani, représentant de l'Union syndicale lycéenne, sur BFMTV. Une solidarité que les syndicats espèrent traduire dans les cortèges, après les importantes mobilisations des 17, 24 et 31 octobre.

70 000 policiers mobilisés, un bras de fer autour des manifestations

La journée s'annonce également comme un test pour les autorités, confrontées à une succession de manifestations parfois émaillées de violences et de pillages. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé mercredi le déploiement de 70 000 policiers et gendarmes, soit un dispositif comparable à celui du 31 octobre. « On ne tolérera pas de débordements et il y aura des interpellations », a prévenu le ministre, évoquant notamment le risque de formation de cortèges sauvages et la présence de groupes violents.

À Paris, l'organisation du défilé a donné lieu à un affrontement judiciaire entre les syndicats et la préfecture de police. L'intersyndicale souhaitait manifester entre Bastille et Concorde, un itinéraire passant par le centre de la capitale et à proximité des lieux de pouvoir. Les autorités lui ont imposé un trajet de République à Nation, validé mercredi soir par le tribunal administratif. « On ne va pas se cacher en allant manifester sur le périphérique quand même », avait protesté Sophie Binet quelques jours auparavant.

Le désaccord intervient alors que les organisations syndicales entendent préserver leur visibilité dans l'espace public après les restrictions imposées lors des précédents rassemblements. Pour la FSU, la mobilisation ne devrait d'ailleurs pas s'arrêter à ce jeudi. « On considère qu'une journée ne suffira pas », a prévenu sa secrétaire générale, Caroline Chevé. La coordination des Gilets jaunes appelle déjà à prolonger les actions les 6 et 7 novembre, tandis que la CGT souhaite organiser des assemblées générales sur les lieux de travail pour décider d'éventuelles suites au mouvement.