À la veille d’un troisième samedi de mobilisation contre la vie chère, le ministère de l’Intérieur redoute que la contestation ne soit débordée par des groupes décidés à profiter d’Halloween pour provoquer de nouveaux affrontements. Jeudi 29 octobre, Laurent Nuñez a décrit une journée « à risque très élevé de troubles à l’ordre public » et annoncé le déploiement de 70 000 policiers et gendarmes. L’inquiétude porte surtout sur les rassemblements prévus après la dispersion des cortèges.
Beauvau surveille des appels diffusés sur les réseaux sociaux, mêlant références aux « gilets jaunes », mots d’ordre de l’ultragauche et invitations à se retrouver dans les centres-villes. Dans un télégramme aux préfets, le ministre prévient que « du début de soirée jusque tard dans la nuit, le risque de violences urbaines est très élevé ». Certaines publications donnent rendez-vous dès 20 heures.
Des appels à « faire la révolution »
Jeudi, Laurent Nuñez a évoqué des messages appelant à « faire la révolution », à « mettre en place l’insurrection » et à commettre des pillages. Le ministère les attribue à des groupes d’extrême gauche radicalisée et à certains réseaux de « gilets jaunes » radicalisés. Ces publications ne démontrent toutefois ni une coordination nationale ni la certitude que des violences se produiront.
Halloween complique la tâche des forces de l’ordre : rassemblements festifs, déplacements nocturnes et déguisements peuvent rendre plus difficile l’identification des fauteurs de troubles. Laurent Nuñez a prévenu que la fête ne serait pas un « motif légitime pour se dissimuler le visage dans l’espace public » afin de commettre des violences. Les préfets devront interdire les rassemblements jugés dangereux sans empêcher les manifestations autorisées.
70 000 policiers et gendarmes mobilisés
Le dispositif reprend les effectifs engagés le 24 octobre. Des contrôles sont prévus en amont, notamment dans les gares et sur les axes d’accès aux villes, pour rechercher mortiers d’artifice ou objets susceptibles d’être utilisés lors d’affrontements. Les manifestations pourront être cantonnées aux secteurs périphériques, à condition que leurs organisateurs disposent d’un service d’ordre suffisant.
Aux unités de maintien de l’ordre s’ajouteront le RAID, la BRI, le GIGN, des drones, des hélicoptères et 26 blindés Centaure. Le ministre a autorisé la suspension de repos pour porter, là où nécessaire, la disponibilité des policiers et gendarmes à 75 %. « Nous ne tolérerons aucun débordement », a-t-il assuré, promettant des interpellations en cas de violences.
Le précédent des deux derniers samedis
Le 17 octobre, la première grande journée de mobilisation avait réuni 550 000 personnes selon Beauvau, avant des pillages et dégradations dans plusieurs villes. Le ministère a recensé 2 628 interpellations. Le 24 octobre, avec 410 000 manifestants selon l’Intérieur et 800 000 selon la CGT, les incidents ont été plus circonscrits : 1 314 interpellations et 53 policiers et gendarmes blessés, selon un bilan provisoire.
Depuis le 22 octobre, une équipe adossée à PHAROS centralise les signalements prioritaires auprès de Meta, TikTok, Snap, Discord, Reddit et Google. Plus de cent signalements avaient été effectués avant le 24 octobre, la moitié ayant entraîné des suspensions de comptes, selon Matignon. La CGT appelle parallèlement à une nouvelle journée de grève le 5 novembre, prolongeant une contestation sur les salaires et les services publics qui ne se confond pas avec les groupes radicaux surveillés par Beauvau.






