Les établissements bancaires ont beau renforcer leurs systèmes de sécurité, les escrocs exploitent désormais une faiblesse que les dispositifs informatiques ne peuvent pas toujours corriger : la confiance des clients. Selon l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France, les fraudes par manipulation ont atteint 516 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 34 % en un an.
Ces escroqueries représentent désormais 41,6 % du montant total des fraudes aux moyens de paiement. Leur particularité réside dans le rôle involontaire joué par les victimes, amenées à effectuer ou à valider elles-mêmes les opérations qui permettront de leur soutirer de l'argent. Alors que les paiements électroniques n'ont jamais été aussi sécurisés, les fraudeurs privilégient ainsi des techniques de manipulation psychologique plutôt que des attaques purement informatiques.
Le faux conseiller bancaire, une mécanique bien rodée
Le scénario est souvent construit autour d'une situation d'urgence. Un individu se présente comme un conseiller bancaire, affirme avoir identifié des opérations suspectes sur un compte et propose d'intervenir immédiatement pour protéger les économies de son interlocuteur.
Le fraudeur peut disposer de renseignements personnels préalablement obtenus, utiliser des termes techniques crédibles ou usurper un numéro de téléphone pour donner davantage de légitimité à son appel. Son objectif consiste à pousser la victime à communiquer des informations confidentielles ou à confirmer une opération qu'elle croit destinée à sécuriser ses fonds.
L'authentification forte, devenue un élément central des paiements numériques, peut alors être détournée de son objectif. Une notification reçue sur l'application bancaire ne garantit pas que l'opération présentée par un tiers correspond réellement à ce qu'il affirme. Si le client valide un virement sous l'effet de la tromperie, les mécanismes de sécurité peuvent enregistrer une autorisation sans identifier immédiatement l'escroquerie.
La manipulation repose également sur la pression temporelle. L'interlocuteur insiste sur la nécessité d'agir rapidement, décourage les vérifications et peut chercher à maintenir la victime au téléphone pendant toute la durée de l'opération.
Les banques confrontées à une fraude difficile à détecter
La progression de ces pratiques contraste avec l'amélioration générale de la sécurité des paiements par carte. En 2025, le montant total de la fraude aux moyens de paiement a atteint environ 1,24 milliard d'euros, en hausse de 3,8 %, tandis que le nombre d'opérations frauduleuses diminuait.
Les établissements financiers sont parvenus à réduire certains types de fraude grâce aux dispositifs d'authentification, à la surveillance des transactions et au partage d'informations. Mais ces outils rencontrent davantage de difficultés lorsqu'une opération est initiée par un client qui pense agir sur les conseils de sa propre banque.
La vérification du bénéficiaire, instaurée en octobre 2025, constitue l'un des moyens de limiter les virements vers un destinataire inattendu. Depuis mai 2026, un fichier national des comptes signalés pour risque de fraude permet également d'améliorer les échanges d'informations entre acteurs financiers.
Ces mécanismes ne suffisent cependant pas à supprimer les risques. Un escroc peut chercher à contourner les alertes ou à convaincre sa victime qu'elles correspondent à une procédure exceptionnelle. La Fédération bancaire française appelle ainsi les opérateurs télécoms et les plateformes numériques à renforcer leur participation à la prévention des escroqueries.
Une consultation pour comprendre les difficultés des victimes
À la demande du ministère de l'Économie, le Comité consultatif du secteur financier a lancé une consultation publique destinée à recueillir les témoignages de personnes ayant subi une fraude ou une escroquerie financière.
L'objectif est de mieux identifier les méthodes utilisées, mais aussi les conséquences de ces affaires et les obstacles rencontrés dans les démarches qui suivent la découverte de la fraude. Le remboursement constitue notamment un point de friction entre certains clients et leurs établissements bancaires.
La distinction entre opération autorisée et non autorisée joue en effet un rôle central dans l'application des règles de remboursement. Les circonstances exactes de la fraude, les éventuelles défaillances de sécurité et le comportement du prestataire de paiement doivent être examinés pour déterminer les responsabilités.
Dans l'immédiat, les autorités recommandent de ne jamais effectuer un virement vers un prétendu compte sécurisé à la demande d'un interlocuteur téléphonique. Lorsqu'un appel concerne une opération suspecte, la vérification doit passer par un contact direct avec la banque, à partir de coordonnées obtenues indépendamment de l'appel reçu.





