À 73 ans, Isabelle Huppert ajoute une fonction institutionnelle à une carrière déjà hors norme. L’actrice est devenue, jeudi 2 juillet, la première femme élue présidente de la Cinémathèque française, a annoncé l’institution dans un communiqué relayé par l’AFP. Elle succède à Costa Gavras, 93 ans, qui présidait depuis 2007 cette maison fondée en 1936 par Henri Langlois, devenue l’un des temples mondiaux de la cinéphilie.
Son élection par le conseil d’administration, pour un mandat de trois ans, intervient à un moment sensible. Garante de près de 50 000 films de patrimoine et de près d’un million de documents liés à l’histoire du cinéma, la Cinémathèque française sort d’une séquence de tensions internes et publiques, ravivées par la polémique autour de la programmation du « Dernier Tango à Paris » à la fin de 2024.
Une actrice mondiale à la tête d’un lieu de mémoire
Avec Isabelle Huppert, la Cinémathèque choisit une figure dont la trajectoire épouse une large part de l’histoire récente du cinéma d’auteur. Depuis « La Dentellière », de Claude Goretta, jusqu’à ses collaborations avec Claude Chabrol, Maurice Pialat, Michael Haneke, Paul Verhoeven ou Hong Sang soo, l’actrice a construit une carrière qui dépasse largement les frontières françaises.
Deux fois récompensée aux César, pour « La Cérémonie » en 1996 et « Elle » en 2017, Isabelle Huppert fait partie des rares actrices françaises dont l’aura reste aussi forte dans les festivals internationaux que dans le cinéma français. Télérama rappelle qu’elle a tourné dans plus de 150 films et séries, avec des cinéastes aussi différents que Michael Cimino, Marco Bellocchio, Andrzej Wajda, Otto Preminger ou Marco Ferreri.
Son arrivée place aussi une femme au sommet d’une institution longtemps associée à une culture cinéphile très masculine. La Cinémathèque avait consacré une rétrospective à Isabelle Huppert dès 2006, quelques mois après sa réouverture à Bercy, signe d’un lien ancien entre l’actrice et la maison qu’elle préside désormais.
Une institution fragilisée par les débats post #MeToo
Au delà du symbole, Isabelle Huppert hérite d’un dossier délicat. La Cinémathèque a été vivement critiquée après la déprogrammation du « Dernier Tango à Paris », de Bernardo Bertolucci, dont une scène tournée sans le consentement de Maria Schneider avait relancé les débats sur la présentation des œuvres controversées. L’affaire avait conduit à l’audition de responsables de l’institution devant une commission parlementaire consacrée aux violences dans le cinéma.
La crise a aussi mis en lumière des critiques internes sur le management, la place accordée aux femmes dans les programmations et la capacité de la Cinémathèque à contextualiser certains films sans renoncer à sa mission patrimoniale. Selon « Le Monde », seules 7 % des rétrospectives avaient été consacrées à des femmes, un chiffre devenu central dans les reproches adressés à l’institution.


