Le Vatican acte le schisme de la Fraternité Saint Pie X

Le Saint Siège a confirmé jeudi l’excommunication de six évêques de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, au lendemain de l’ordination de quatre nouveaux évêques sans l’accord du pape Léon XIV.

5 minutes de lecture
Quatre évêques ont été ordonnés par la Fraternité Saint-Pie-X, sans l’accord de Rome, à Écône (Suisse), le 1er juillet. Cyril Zingaro / EPA

Le geste était attendu, mais le Vatican a choisi de frapper plus fort que prévu. Jeudi 2 juillet, le dicastère pour la Doctrine de la foi a confirmé l’excommunication de six évêques de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, après les consécrations épiscopales organisées la veille à Ecône, en Suisse, sans mandat pontifical. Dans son décret, le cardinal Víctor Manuel Fernández estime que l’évêque Alfonso de Galarreta a accompli « un acte de nature schismatique » en consacrant quatre prêtres contre la volonté du pape.

Les quatre nouveaux évêques, Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier, sont directement visés par la sanction. Le décret cite également Bernard Fellay, ancien supérieur de la Fraternité, qui a participé à la cérémonie comme co consécrateur. Tous sont frappés d’une excommunication « latae sententiae », c’est à dire automatique en droit canonique.

A Ecône, la rupture assumée avec Rome

Dans la prairie d’Ecône, haut lieu du lefebvrisme depuis les années 1970, la Fraternité Saint Pie X avait réuni mercredi plusieurs milliers de fidèles pour cette cérémonie à forte portée symbolique. Selon Vatican News, plus d’un millier de prêtres, religieux et religieuses, ainsi qu’environ 15 000 laïcs, ont assisté aux ordinations, sous un chapiteau installé près du séminaire.

Le supérieur général de la Fraternité, Davide Pagliarani, avait assumé la portée de l’acte avant même la décision romaine. Au début de la liturgie, il a déclaré : « Nous sommes prêts à payer n’importe quel prix pour sauver l’Eglise. » Il a aussi estimé que les éventuelles sanctions n’auraient « aucune valeur » pour le mouvement, qui juge nécessaire de préserver sa succession épiscopale.

Le pape Léon XIV avait pourtant tenté d’éviter cette rupture jusqu’au dernier moment. Dans une lettre datée du 29 juin, il avait appelé les responsables de la Fraternité à ne pas « déchirer » la tunique du Christ, selon Vatican News. Le message n’a pas suffi à empêcher une décision qui renvoie directement au précédent de 1988, lorsque Marcel Lefebvre avait lui même consacré quatre évêques sans l’autorisation de Jean Paul II.

Le Vatican vise aussi les prêtres et les fidèles

En actant le schisme, Rome ne se limite pas aux six évêques. Le dicastère pour la Doctrine de la foi avertit aussi les clercs et les fidèles laïcs de ne pas adhérer au schisme de la Fraternité Saint Pie X, sous peine d’encourir eux aussi l’excommunication automatique.

Selon Reuters, le décret va plus loin que ce que plusieurs observateurs attendaient, car il considère désormais que les prêtres de la Fraternité et les catholiques qui y adhèrent formellement sont en situation de schisme. Le texte rappelle aussi que les sacrements célébrés par la Fraternité sont désormais illicites, notamment les mariages et les confessions.

Au cœur de la rupture demeure le refus du concile Vatican II, dont la Fraternité conteste plusieurs orientations depuis sa fondation, notamment la réforme liturgique et l’ouverture du dialogue avec les autres confessions. En février déjà, Davide Pagliarani avait rejeté la proposition de dialogue théologique du Saint Siège, en confirmant l’intention de procéder aux ordinations du 1er juillet.

Un test d’autorité pour Léon XIV

Pour Léon XIV, élu en 2025, cette décision constitue l’un des premiers grands affrontements doctrinaux de son pontificat. Le pape avait appelé au dialogue avec les milieux traditionalistes, mais il a aussi réaffirmé son attachement aux réformes de Vatican II, présentées comme des éléments fondamentaux de l’enseignement de l’Eglise.

La Fraternité Saint Pie X, qui revendique 733 prêtres dans le monde selon Reuters, dispose d’une implantation importante en Europe, aux Etats Unis et en Amérique latine. Son influence dépasse toutefois son poids numérique, car elle incarne depuis plus d’un demi siècle l’opposition la plus structurée au catholicisme issu du concile.

Partager cet article
Follow:
Après des études en Affaires Publiques et à HEC Montréal, Timothé devient journaliste pigiste. Il collabore avec de nombreux médias français depuis Montréal.
Laisser un commentaire