En République démocratique du Congo, Ebola avance dans l’un des territoires les plus difficiles à contrôler du pays. Depuis la mi mai, l’épidémie provoquée par la souche Bundibugyo touche surtout l’Ituri, dans l’est congolais, mais des cas ont aussi été recensés au Nord Kivu, au Sud Kivu et en Ouganda. Au 17 juin, l’OMS faisait état de 896 cas confirmés et 232 morts en RDC, soit un taux de létalité de 26 %.
Cette flambée, la dix septième enregistrée en RDC depuis la découverte du virus en 1976, a été déclarée le 17 mai « urgence de santé publique de portée internationale » par l’Organisation mondiale de la santé. La décision ne signifie pas que l’épidémie est devenue une pandémie, mais qu’elle exige une coordination renforcée entre Etats et organisations sanitaires.
En Ituri, les équipes sanitaires travaillent sous tension
Dans cette région déjà minée par les violences armées, la réponse sanitaire se heurte à un obstacle majeur : atteindre les malades et retrouver les contacts. Les déplacements de population, les routes difficiles et la méfiance envers les autorités compliquent les opérations de dépistage, d’isolement et d’enterrement sécurisé, qui restent les principaux leviers pour casser les chaînes de transmission.
Jean Kaseya, le directeur général d’Africa CDC, a alerté sur une crise qui déborde désormais le seul champ médical. Selon Reuters, l’agence estime les besoins à 1,4 milliard de dollars, contre 518 millions auparavant, car il faut financer à la fois la riposte sanitaire et l’aide humanitaire. « Si nous n’avons pas ces 1,4 milliard de dollars et si nous ne résolvons pas la question humanitaire, nous n’arrêterons pas cette épidémie », a t il prévenu.
La situation est d’autant plus délicate que la souche Bundibugyo n’est pas celle contre laquelle les outils les plus connus ont été développés. L’OMS rappelle que cette flambée est causée par un virus rare, avec une réponse qui repose encore largement sur la surveillance, l’isolement et la prise en charge rapide des patients.
Des essais cliniques attendus à Bunia
Face à la progression du virus, Africa CDC veut accélérer les essais de traitements expérimentaux. L’agence a demandé 18 millions de dollars pour lancer des essais à Bunia, en Ituri, autour de l’obeldesivir de Gilead Sciences, destiné aux personnes exposées, mais aussi du remdesivir et d’un traitement par anticorps de Mapp Biopharmaceuticals pour les patients infectés.
« Nous avons la science. Nous avons maintenant besoin du financement pour l’utiliser », a insisté Jean Kaseya, toujours selon Reuters. Dans une épidémie où chaque retard augmente le nombre de contacts à retrouver, le calendrier est devenu un enjeu central de la riposte.
Pour l’Europe, le risque reste jugé faible par l’ECDC, à condition de respecter les précautions sanitaires dans les zones touchées. Mais l’apparition de cas en Ouganda montre que le virus circule déjà au delà des frontières congolaises. Dans l’est de la RDC, c’est donc moins la connaissance du virus que la capacité à agir sur le terrain qui décidera de la suite de l’épidémie.


