La pression européenne s’accentue sur le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Paris, Berlin, Rome et Londres ont dénoncé jeudi 20 août la décision israélienne de lancer des appels d’offres pour la construction de logements dans la zone E1, à l’est de Jérusalem. « La décision du gouvernement israélien de publier des appels d’offres pour des constructions dans le cadre du projet de colonie E1 est inacceptable », ont déclaré les quatre pays dans un communiqué commun.
Israël a lancé un appel d’offres portant sur 1 234 logements répartis dans sept ensembles résidentiels. Ils constituent la première partie d’un projet beaucoup plus vaste, approuvé en août 2025, qui prévoit environ 3 400 habitations entre Jérusalem Est et la colonie israélienne de Maale Adumim.
Une zone stratégique pour un futur État palestinien
C’est la localisation du projet qui cristallise les inquiétudes. Construire dans la zone E1 permettrait de relier plus directement Maale Adumim à Jérusalem et couperait en grande partie les territoires palestiniens du nord et du sud de la Cisjordanie. Paris, Berlin, Rome et Londres estiment ainsi que le projet « compromettra la perspective de la solution à deux États » en créant « une fracture en Cisjordanie » et en affectant la continuité territoriale des territoires palestiniens.
Le projet est contesté depuis plusieurs décennies. Les pressions internationales avaient conduit les différents gouvernements israéliens à repousser à plusieurs reprises sa réalisation. Son approbation définitive, en août 2025, avait déjà provoqué de nombreuses condamnations. Le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich avait alors présenté E1 comme un moyen d’enterrer définitivement l’idée d’un État palestinien.
Les quatre capitales européennes demandent désormais à Israël de retirer immédiatement les appels d’offres et de « mettre fin à l’expansion des colonies ». Elles rappellent également que les colonies israéliennes en Cisjordanie sont considérées comme illégales au regard du droit international, une interprétation rejetée par Israël. Les entreprises susceptibles de participer au chantier sont par ailleurs averties des conséquences juridiques et réputationnelles auxquelles elles pourraient s’exposer.
Londres convoque le représentant israélien
Le Royaume Uni est allé plus loin. Le ministre britannique des Affaires étrangères Ed Miliband a convoqué le chargé d’affaires israélien à Londres. Il avait déjà demandé mercredi au ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar de stopper le projet. Pour le chef de la diplomatie britannique, sa réalisation fragmenterait directement le territoire sur lequel les Palestiniens souhaitent établir leur État.
Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la Cisjordanie. Le 14 août, la France avait déjà condamné l’occupation de plusieurs maisons palestiniennes dans le village d’Al Qusra et dénoncé la multiplication des violences commises par des colons israéliens. Le ministre français des Affaires étrangères Jean Noël Barrot a également évoqué cette semaine la possibilité de nouvelles sanctions contre des colons impliqués dans ces violences.
Une politique déjà dénoncée au printemps
La déclaration des quatre pays prolonge une pression engagée depuis plusieurs mois. En mai, la France, le Royaume Uni, l’Allemagne et l’Italie avaient déjà appelé Israël, avec plusieurs autres États occidentaux, à stopper l’expansion des colonies et à renoncer au projet E1. Ils estimaient alors que la politique du gouvernement israélien compromettait directement la possibilité d’une solution à deux États.
Depuis, les mesures israéliennes en Cisjordanie se sont poursuivies. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu a notamment accru le contrôle civil israélien sur certaines compétences jusqu’alors exercées par l’armée. La semaine dernière, le ministre de la Défense Israel Katz a également demandé de préparer le transfert de nouvelles responsabilités de maintien de l’ordre à la police israélienne, une évolution dénoncée par ses opposants comme une nouvelle étape vers une annexion de fait.
Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a lui aussi demandé jeudi à Israël de ne pas poursuivre le projet E1. Selon son porte parole Stéphane Dujarric, sa réalisation menacerait « l’unité et l’intégrité » du territoire palestinien et les perspectives d’une solution à deux États.


