FIFA : Kevin Lamour, le Français qui a défié Gianni Infantino jusqu’à perdre son poste

Directeur des opérations et numéro trois de la FIFA, Kevin Lamour a été licencié lundi après avoir publiquement dénoncé le projet de Gianni Infantino de créer une société commerciale ouverte à des investisseurs privés. À 45 ans, le Français paie une opposition frontale au président de l’instance.

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Pendant plus de vingt ans, Kevin Lamour avait cultivé la discrétion dans les couloirs du football mondial. Son départ de la FIFA, lundi 17 août, s’est au contraire produit dans le fracas d’une crise de gouvernance qui fragilise Gianni Infantino à quelques mois de sa tentative de réélection. Directeur des opérations depuis près de deux ans et considéré comme le numéro trois de l’instance, le Français de 45 ans a été licencié après avoir ouvertement contesté l’un des projets les plus importants du président.

La FIFA s’est contentée d’annoncer que « la relation de travail entre la FIFA et Kevin Lamour, en sa qualité de directeur des opérations, a pris fin le 17 août 2026 », avant de le remercier pour ses deux années de service. Quelques semaines auparavant, Kevin Lamour avait pourtant lui même anticipé l’issue du bras de fer : « Et si cela signifie que je perds mon emploi, qu’il en soit ainsi. »

Kevin Lamour s’oppose au projet commercial de Gianni Infantino

Le conflit portait sur le projet de Gianni Infantino de créer une nouvelle société commerciale destinée à regrouper une partie des droits de la Coupe du monde. La FIFA envisageait d’en céder 20 % à des investisseurs privés afin de lever environ 4,2 milliards de dollars. L’ensemble de la structure aurait ainsi été valorisé autour de 20 milliards de dollars.

Kevin Lamour avait choisi de rompre publiquement avec son président à la fin du mois de juillet. « Il s’agit du projet d’une seule personne », avait il dénoncé, estimant que celui ci « ne doit pas aboutir ». Dans une autre charge particulièrement directe, il reprochait à Gianni Infantino de croire « qu’il incarne la FIFA alors qu’il est censé être à son service ».

La contestation ne venait pas seulement de l’administration interne. L’UEFA, la Confédération asiatique et la Concacaf se sont elles aussi opposées au projet, tandis que les grands clubs européens menaçaient de boycotter de futures Coupes du monde des clubs. Face à cette fronde, Gianni Infantino a finalement abandonné son projet quelques jours plus tard.

Un discret réformateur dans les instances du football

Le profil de Kevin Lamour tranche avec celui d’un opposant traditionnel. Le Français a longtemps été considéré comme un homme de l’intérieur, rompu aux négociations et aux équilibres institutionnels. Ceux qui l’ont côtoyé décrivent un dirigeant peu porté sur les démonstrations publiques, capable de combiner fermeté et diplomatie.

Sa carrière dans les instances internationales a commencé bien avant son arrivée à la direction de la FIFA. Il a notamment travaillé à l’UEFA durant la présidence de Michel Platini avant de prendre ses distances avec l’ancien international français au moment des affaires qui ont secoué l’organisation en 2015. Kevin Lamour a ensuite coopéré avec des enquêteurs sur plusieurs dossiers liés à la gouvernance du football mondial.

Son parcours lui avait progressivement valu une réputation de réformateur au sein d’une FIFA pourtant régulièrement critiquée pour l’opacité de son fonctionnement. Son opposition à Gianni Infantino a ainsi surpris moins par son contenu que par sa forme publique, inhabituelle pour un cadre de ce niveau.

Le licenciement de Kevin Lamour fragilise encore Gianni Infantino

Le départ du Français intervient dans une crise beaucoup plus large. Plusieurs dirigeants du football mondial ont retiré leur soutien à Gianni Infantino et certaines confédérations réfléchissent désormais à la possibilité d’un vote de défiance. L’UEFA, la Confédération asiatique et la Concacaf figurent parmi les blocs les plus critiques, tandis que Gianni Infantino conserve notamment des soutiens en Afrique et en Amérique du Sud.

Le président de la Fédération hongroise Sandor Csanyi, également vice président de la FIFA, a lui aussi annoncé cette semaine avoir perdu confiance dans Gianni Infantino. Il a présenté le licenciement de Kevin Lamour comme « la goutte d’eau », après plusieurs mois de désaccords sur la gouvernance de l’instance.

Kevin Lamour a quitté la FIFA sans adresser un mot à son ancien président. Dans son message d’adieu aux salariés, il a simplement rappelé le principe qui, selon lui, devait guider leur action : « N’oubliez jamais que dans la vie, il ne s’agit pas de faire ce qui est facile, il s’agit de faire ce qui est juste. »

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