La réalité a fini par rattraper le scénario. Mercredi 19 août, la police croate a arrêté à Pula un plongeur ukrainien soupçonné par la justice allemande d’avoir participé au sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2, en septembre 2022. L’homme, présenté par le parquet fédéral allemand sous le nom de Vladimir Z., avait fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen. Il est identifié par plusieurs médias comme Volodymyr Zhuravlev.
Mais les circonstances de son interpellation donnent à l’affaire une dimension inattendue. Selon plusieurs médias, Volodymyr Zhuravlev travaillait comme consultant sur le tournage de « Snake Island », un thriller hollywoodien directement inspiré du sabotage de Nord Stream. Le film, tourné en Croatie, est réalisé par Doug Liman, à qui l’on doit notamment « La Mémoire dans la peau » et « Mr. & Mrs. Smith », avec Sean Penn et Adrien Brody à l’affiche.
Un véritable plongeur au milieu d’une fiction sur Nord Stream
Le scénario de « Snake Island » suit justement une équipe secrète de plongeurs ukrainiens chargée d’une dangereuse opération sous marine. Les prises de vues ont commencé cet été à Zagreb, où des rues ont été transformées avec barricades, sacs de sable et figurants portant des uniformes ukrainiens. Le tournage doit également se poursuivre dans d’autres régions de Croatie.
Volodymyr Zhuravlev aurait été recruté pour apporter son expertise au film. Un choix particulièrement troublant au regard des accusations formulées à son encontre. Selon les procureurs allemands, ce plongeur professionnel aurait lui même participé aux immersions nécessaires pour installer les explosifs qui ont endommagé les gazoducs au fond de la mer Baltique. Il aurait fait partie d’un groupe ayant utilisé un voilier loué en Allemagne grâce à de faux documents d’identité.
Le 26 septembre 2022, plusieurs explosions avaient touché Nord Stream 1 et Nord Stream 2 à proximité de l’île danoise de Bornholm. Trois des quatre conduites avaient été endommagées. L’événement avait provoqué d’importantes fuites de gaz et ouvert l’une des enquêtes les plus sensibles depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine.
Déjà arrêté puis libéré en Pologne
L’arrestation croate n’est pas la première tentative de la justice allemande pour mettre la main sur Volodymyr Zhuravlev. Le suspect avait déjà été arrêté en Pologne, mais Varsovie avait refusé de l’extrader vers l’Allemagne. La justice polonaise avait estimé que le sabotage pouvait être considéré comme un acte de guerre dirigé contre une infrastructure russe, dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine.
Cette fois, Berlin espère obtenir son transfert depuis la Croatie. Un juge croate a ordonné son placement en détention dans l’attente de la procédure d’extradition. Son avocat a déjà annoncé vouloir contester cette décision en invoquant notamment le précédent polonais.
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L’Allemagne détient déjà un autre suspect dans cette affaire. Serhii Kuznetsov, ancien militaire ukrainien accusé d’avoir dirigé l’équipe ayant mené l’opération, avait été arrêté en Italie en 2025 puis extradé. Le parquet fédéral allemand l’a mis en accusation cet été.
Une enquête politiquement explosive
Plus de quatre ans après les explosions, la question des commanditaires demeure la plus sensible. L’enquête allemande s’est progressivement concentrée sur une équipe ukrainienne, sans que la responsabilité directe des autorités de Kiev ait été judiciairement établie. L’Ukraine a toujours nié avoir ordonné le sabotage.
L’affaire est particulièrement délicate pour Berlin, l’un des principaux soutiens européens de Kiev. La Suède et le Danemark ont de leur côté clos leurs investigations sans engager de poursuites, tandis que l’Allemagne a continué à rechercher les participants présumés à l’opération.


