L’industrie française de défense enchaîne une deuxième année à plus de 21 milliards d’euros de commandes étrangères. Les exportations d’armement ont atteint 21,2 milliards d’euros en 2025, selon le rapport annuel transmis au Parlement, après 21,6 milliards en 2024. Seule l’année 2022, marquée par la commande exceptionnelle de 80 Rafale par les Émirats arabes unis, avait fait mieux avec 26,9 milliards d’euros.
Cette stabilité à un niveau historiquement élevé intervient alors que les dépenses militaires progressent dans la plupart des grandes puissances. La guerre en Ukraine a accéléré le renouvellement des équipements européens, tandis que les tensions au Moyen Orient et en Asie entretiennent la demande pour les avions de combat, les systèmes antiaériens et les munitions.
Le Rafale reste le moteur des exportations d’armement françaises
La plus importante commande enregistrée en 2025 vient une nouvelle fois du Rafale. L’Inde a signé l’acquisition de 26 Rafale Marine destinés à équiper ses porte avions. Le contrat conforte la relation nouée depuis dix ans entre New Delhi et Dassault Aviation, après l’achat de 36 appareils pour l’armée de l’air indienne.
Le secteur naval a lui aussi alimenté le carnet de commandes. L’Indonésie a choisi deux sous marins Scorpène de Naval Group, tandis que la Grèce a commandé une quatrième frégate de défense et d’intervention. Airbus Helicopters a également vendu des H225M Caracal au Maroc.
Ces grands contrats ne résument plus, à eux seuls, les performances françaises. Missiles Mistral pour plusieurs pays européens, systèmes de défense aérienne SAMP/T et VL Mica pour le Danemark, canons Caesar pour la Croatie et la Slovénie ou véhicules Scorpion pour la Belgique et le Luxembourg ont également soutenu les prises de commandes. La DGA estime que ces résultats démontrent « le dynamisme, la compétitivité et la renommée de l’industrie de défense française ».
L’Europe prend une place croissante dans les ventes d’armes françaises
La géographie des clients français continue surtout de se transformer. Les contrats avec les partenaires européens, longtemps minoritaires face aux grandes commandes du Moyen Orient et d’Asie, prennent désormais une place centrale dans les carnets de commandes.
Le mouvement était déjà spectaculaire en 2024, lorsque les pays de l’Union européenne avaient représenté environ 41 % des prises de commandes françaises, contre 21 % deux ans auparavant. Le réarmement engagé après l’invasion russe de l’Ukraine profite notamment aux industriels des missiles, de l’artillerie et de la défense aérienne.
Cette évolution est également encouragée par Paris, qui cherche à convaincre les Européens d’acheter davantage de matériels produits sur le continent. À Eurosatory en juin, la ministre des Armées Catherine Vautrin a cité les commandes danoises de SAMP/T et les coopérations avec la Suède avant de rappeler : « La France est le deuxième exportateur mondial d’armement. C’est une fierté. »
La France reste deuxième derrière les États Unis
Sur le marché mondial, Paris a consolidé sa deuxième place derrière Washington. Selon le Sipri, la France représentait 9,6 % des exportations mondiales d’armes sur la période 2020 à 2024, très loin derrière les États Unis et leurs 43 %, mais désormais devant la Russie, tombée à 7,8 %. Les exportations russes ont reculé de 64 % sur cette période.
Les industriels français doivent toutefois affronter une concurrence qui se renforce. L’Allemagne augmente rapidement ses ventes tandis que la Corée du Sud et la Turquie proposent des équipements souvent moins coûteux et accompagnés de délais de livraison courts. Devant l’Assemblée nationale, l’administration française relevait récemment « la montée en puissance d’acteurs industriels plus récents, coréens, turcs ou brésiliens ».


