Népal : après les inondations, le système d’alerte de l’Himalaya pris en défaut

Plus de 900 personnes ont péri après l’effondrement d’un glacier à la frontière entre le Népal et le Tibet. Au delà du bilan humain, la catastrophe révèle l’incapacité des dispositifs actuels à anticiper certains événements glaciaires devenus plus violents et plus rapides.

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Au Népal, l’effondrement d’un glacier a provoqué des inondations meurtrières et sidéré les scientifiques par son ampleur.
Au Népal, l’effondrement d’un glacier a provoqué des inondations meurtrières et sidéré les scientifiques par son ampleur.

Quatorze minutes. C’est le temps dont a disposé Rajendra Dawadi pour évacuer plus de 900 élèves de son école à Bidur avant que les eaux ne détruisent le bâtiment. Le directeur venait d’être prévenu par le comptable de l’établissement, lui même alerté par un proche situé en amont. Il a immédiatement fait sonner l’alarme, stoppé les cours et détourné les bus scolaires. Quelques minutes après le passage du dernier véhicule, un pont s’effondrait sous la crue.

Cette évacuation réussie tient presque du miracle dans une catastrophe qui a fait plus de 900 morts au Népal et en Chine et laissé plusieurs milliers de personnes portées disparues. La crue qui a dévasté les vallées du nord du Népal le 26 août n’a pas suivi le scénario habituellement redouté d’un lac glaciaire qui déborde lentement avant de céder. Les premières analyses indiquent qu’un gigantesque effondrement de glace et de roche a brutalement précipité des millions de mètres cubes de matériaux dans la vallée, déclenchant une onde destructrice presque impossible à anticiper.

Népal : une catastrophe trop rapide pour les systèmes d’alerte

Les dispositifs de prévention existants surveillent surtout le niveau des rivières et des lacs glaciaires. Ils sont beaucoup moins adaptés à des effondrements soudains de parois entières de montagne. Dans plusieurs secteurs, l’eau est montée de plusieurs mètres en quelques dizaines de minutes, laissant très peu de temps aux populations pour fuir.

Le Népal réclamait déjà davantage de données à la Chine sur les glaciers et les niveaux d’eau situés de l’autre côté de la frontière. Les autorités népalaises craignaient notamment de ne pas disposer d’informations assez rapides en cas de rupture ou de mouvement brutal en altitude. La catastrophe donne désormais une dimension très concrète à cette demande de coopération.

Le problème est d’autant plus complexe que la zone reste difficilement accessible. L’Himalaya concentre des milliers de glaciers, des pentes instables et des vallées encaissées où les réseaux de mesure sont rares. Les satellites permettent d’observer des transformations lentes, mais ils ne peuvent pas toujours annoncer suffisamment tôt l’effondrement soudain d’une masse de glace et de roche.

Les glaciers de l’Himalaya deviennent plus instables

Les chercheurs restent prudents sur le rôle exact du changement climatique dans l’événement du 26 août. Ils soulignent néanmoins que le réchauffement modifie profondément la stabilité de la haute montagne. La fonte des glaciers et du pergélisol peut fragiliser les parois rocheuses auxquelles la glace servait jusqu’ici de ciment naturel.

Le phénomène n’est pas inédit. En 2021, dans l’État indien de l’Uttarakhand, l’effondrement d’un pan de roche et de glace avait provoqué une crue soudaine qui avait tué plus de 200 personnes. Mais l’événement actuel frappe les chercheurs par son ampleur et par la distance parcourue par les débris.

Cette évolution oblige les scientifiques à élargir leur définition du risque glaciaire. Pendant longtemps, les lacs formés par la fonte des glaciers constituaient la principale menace surveillée. Les effondrements directs de glaciers ou de parois rocheuses apparaissent désormais comme une autre source de danger, beaucoup plus difficile à modéliser.

Les barrages hydroélectriques au cœur des inquiétudes

La catastrophe met également en lumière la vulnérabilité des infrastructures construites dans les vallées himalayennes. Onze projets hydroélectriques ont été touchés et plus de 900 travailleurs se trouvaient encore bloqués dans des tunnels lundi. Les équipes de secours utilisent des explosifs et des engins lourds pour tenter d’atteindre certaines galeries.

Cette situation est particulièrement sensible pour le Népal, qui a fait de l’hydroélectricité l’un des piliers de son développement économique. Le pays augmente rapidement sa production afin de couvrir ses propres besoins et d’exporter davantage d’électricité vers l’Inde. Une part importante de ces équipements se trouve précisément dans des vallées exposées aux glissements de terrain et aux crues brutales.

Les autorités surveillent encore plusieurs lacs apparus ou agrandis après les effondrements. L’un d’entre eux s’est progressivement vidé ces derniers jours, réduisant le risque immédiat d’une nouvelle crue, mais les secours restent confrontés à des pentes instables et à des routes détruites.

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