Les Écologistes arrivent à la rentrée politique avec un problème que leur université d’été de Grenoble n’a pas résolu. Marine Tondelier reste officiellement candidate à la présidentielle de 2027, mais peu de cadres de son parti croient encore à la possibilité d’une candidature autonome capable de peser réellement. Le débat se déplace donc vers deux options radicalement différentes : rejoindre Raphaël Glucksmann et la gauche sociale démocrate ou renouer avec Jean Luc Mélenchon et La France insoumise.
Marine Tondelier refuse pour l’instant de choisir. « Aujourd’hui, je n’ai pas envie de faire la campagne de Jean Luc Mélenchon ou de Raphaël Glucksmann, j’ai envie de faire la campagne de l’écologie », a t elle expliqué pendant les journées d’été de son parti. La secrétaire nationale reconnaît pourtant qu’« aucune famille politique du camp progressiste n’est capable de gagner seule » et promet désormais un vote des militants sur la stratégie à suivre.
Raphaël Glucksmann séduit l’aile réformiste des Écologistes
Le premier camp regarde du côté de Raphaël Glucksmann, officiellement candidat depuis dimanche. Son positionnement européen, social démocrate et écologiste séduit notamment Yannick Jadot. L’ancien candidat des Verts à la présidentielle de 2022 a participé à son meeting de juin et l’accompagne désormais dans la construction de son projet écologique.
Le député Jérémie Iordanoff défend lui aussi un rapprochement avec Place publique et le Parti socialiste. Il appelle à construire « une structure commune entre Place publique, le Parti socialiste et Les Écologistes », qu’il décrit comme un espace « humaniste, écologiste, démocrate, social et européen » capable de constituer une alternative au Rassemblement national.
Cette ligne ne fait toutefois pas l’unanimité. Plusieurs cadres écologistes considèrent Raphaël Glucksmann comme trop éloigné de leur culture politique et doutent de son engagement environnemental. Le soutien que lui apporte Carole Delga, favorable au projet autoroutier de l’A69, nourrit notamment les critiques d’une partie du parti.
Sandrine Rousseau veut rouvrir la porte à Jean Luc Mélenchon
À l’autre bout du parti, Sandrine Rousseau pousse depuis plusieurs mois à renouer le dialogue avec Jean Luc Mélenchon. La députée de Paris a vivement critiqué les tentatives de rapprochement avec les sociaux démocrates. « Si la ligne de la direction est de s’allier avec l’aile droite du PS, qu’ils l’assument », a t elle lancé cet été.
Cette orientation est également défendue par les Verts populaires, formation créée par d’anciens militants écologistes autour de Julia Mignacca et désormais favorable à la candidature de Jean Luc Mélenchon. Selon elle, les divergences sont d’abord idéologiques : « Yannick Jadot veut verdir le capitalisme, mais cela ne peut pas marcher. Le problème, c’est bien l’accumulation permanente des richesses. »
Jean Luc Mélenchon dispose d’un autre avantage : il reste mieux placé que Raphaël Glucksmann dans plusieurs scénarios de premier tour. Sa campagne est déjà lancée et La France insoumise a profité de sa rentrée politique pour remettre la planification écologique au cœur de son programme, avec des propositions sur les « écorégions » et la mobilisation civile face aux catastrophes climatiques.
Marine Tondelier prise entre deux lignes incompatibles
La difficulté de Marine Tondelier tient au fait que ces deux camps ne se distinguent pas seulement sur le choix d’un candidat. Ils défendent deux conceptions différentes de l’écologie politique. Yannick Jadot juge Jean Luc Mélenchon « à l’opposé des valeurs écologistes », tandis que les partisans d’un rapprochement avec LFI reprochent à Raphaël Glucksmann d’incarner une écologie trop compatible avec l’économie de marché.
Le parti avait pourtant tenté de préparer sa propre campagne. En juillet, Les Écologistes ont adopté un programme de plus de 200 pages pour une « Première République écologique et citoyenne », après plus de 50 000 contributions. Le texte avait été validé par 95 % du conseil fédéral. Cette unité programmatique masque désormais une fracture stratégique beaucoup plus profonde.
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Marine Tondelier s’est engagée à soumettre trois options aux militants : soutenir Jean Luc Mélenchon, rejoindre le candidat social démocrate ou maintenir une candidature écologiste autonome. Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, veut croire que cette décision interne permettra de préserver le parti : « Nous sommes profondément attachés à la démocratie interne. »
Le choix sera d’autant plus difficile que la candidature autonome apparaît désormais comme la solution la moins risquée pour l’unité interne, mais aussi comme la moins efficace électoralement. Plusieurs militants rencontrés à Grenoble résumaient le dilemme d’une formule : « Il n’y a que des mauvaises solutions sur la table. »


