Le Canada entend devenir « le premier membre associé de l’UE », a affirmé vendredi 30 octobre Mark Carney, à l’issue du sommet organisé à Montréal avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa. Le premier ministre canadien a repris à son compte la proposition formulée en septembre par Bruxelles, avec l’ambition de conclure les négociations en juin 2027.
L’annonce intervient alors qu’Ottawa cherche à réduire sa dépendance commerciale envers les États-Unis, dans un contexte de tensions persistantes avec Donald Trump. En 2025, le marché américain absorbait encore 71,7 % des exportations canadiennes de marchandises. L’Union européenne, deuxième partenaire commercial du pays, représente un débouché que Mark Carney entend développer au-delà de l’accord de libre-échange CETA, appliqué provisoirement depuis septembre 2017.
Un statut qui n’existe pas dans les traités
L’expression « membre associé » a pourtant disparu de la déclaration commune adoptée à l’issue du sommet. Le document se contente d’envisager une « association toujours plus étroite », dont les contours devront être définis d’ici le prochain rendez-vous bilatéral, en 2027. Le statut défendu par Mark Carney n’existe pas dans les traités européens et n’implique ni adhésion à l’Union ni participation automatique à ses institutions.
La proposition d’Ursula von der Leyen, formulée à Strasbourg le 16 septembre, a suscité des réserves dans plusieurs capitales. Le gouvernement allemand de Friedrich Merz s’oppose notamment à cette appellation, tandis que Paris s’est également montré réticent. À Montréal, António Costa a préféré reprendre la formulation plus prudente de la déclaration commune. La présidente de la Commission a, elle, assuré disposer d’un large soutien pour approfondir le partenariat.
Mark Carney a néanmoins fixé deux étapes : une réunion en mars 2027, au Canada, entre le collège des commissaires européens et le gouvernement fédéral, puis sa participation en juin à une réunion du Conseil européen, à l’invitation d’António Costa. « Nous avons l’intention d’y conclure ces négociations », a-t-il déclaré.
Des accords déjà engagés dans la défense et les technologies
Les discussions s’appuient sur plusieurs mesures annoncées à Montréal dans le cadre d’une nouvelle « Alliance pour l’avenir ». Les négociations sur un accord de commerce numérique et un texte de coopération en matière de concurrence sont achevées. Bruxelles et Ottawa souhaitent également faciliter les financements de la Banque européenne d’investissement dans les projets canadiens de minerais critiques. Selon la Commission, les échanges de biens et services entre les deux partenaires ont atteint 130 milliards d’euros en 2025, en hausse de 80 % par rapport à 2016.
Sur le plan militaire, le Canada est devenu en février le premier pays non européen à rejoindre le dispositif SAFE, destiné à financer des achats d’équipements de défense. Cette participation doit permettre aux industriels canadiens d'accéder à certains marchés européens, alors que les deux partenaires cherchent à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement et à renforcer leur autonomie stratégique.
Ottawa a également rejoint l’entreprise commune européenne de calcul à haute performance EuroHPC, ouvrant à ses chercheurs l’accès à des infrastructures comme le supercalculateur JUPITER. Des discussions doivent par ailleurs s’engager pour élargir la participation des étudiants canadiens à Erasmus+ et négocier la présence du pays dans la prochaine génération du programme Horizon Europe. Les modalités de cette coopération scientifique et universitaire restent à préciser.






