Mercredi 28 octobre, un jet privé atterrit à Miami avec, à son bord, Flávio Bolsonaro, son épouse et leurs deux filles. Trois jours plus tôt, le sénateur a perdu la présidentielle face à Luiz Inácio Lula da Silva, réélu avec 51,79 % des voix. Entre-temps, il a traversé une frontière terrestre, changé deux fois de pays et défié le Tribunal suprême fédéral (STF).
Lundi encore, il jurait n’avoir « jamais pensé à quitter le pays » et promettait de remettre ses passeports. Mercredi, depuis la Floride, il se proclame « véritable président élu », dénonçant une fraude sans en apporter la preuve. Il retirera ensuite cette formule. L’exilé appartient à une dynastie dont les démêlés judiciaires pèsent sur la vie politique brésilienne.
Un passeport italien pour franchir la frontière
Tout s’est joué dans la nuit du mardi 27 octobre. À 22 h 50, Flávio Bolsonaro entre en Argentine par le pont Tancredo Neves, près des chutes d’Iguazú, muni d’un passeport italien. Sa famille présente des documents brésiliens. À Puerto Iguazú, les quatre passagers embarquent dans un Gulfstream, qui décolle peu après minuit vers Guayaquil, en Équateur, avant de mettre le cap sur les États-Unis.
La veille du scrutin, son frère Eduardo avait plaidé pour son départ en cas de défaite. Le juge Alexandre de Moraes avait alors interdit au sénateur de quitter le Brésil et exigé la remise de ses passeports. L’injonction est restée lettre morte, même si aucun mandat d’arrêt ne visait Flávio Bolsonaro. Donald Trump lui a ouvert les portes des États-Unis, où le candidat battu affirme : « Je n’ai pas fui le Brésil, je suis parti pour le Brésil. » À Brasilia, Luiz Inácio Lula da Silva juge son départ « honteux ».
Les millions suspects d’un film à la gloire de son père
Plusieurs enquêtes financières l’attendent au Brésil. La plus retentissante concerne Dark Horse, un film consacré à Jair Bolsonaro. Selon la police fédérale, Flávio Bolsonaro a demandé 131 millions de reais au banquier Daniel Vorcaro, ancien propriétaire de Banco Master, au cœur d’un scandale financier. Environ 60 millions de reais, soit quelque 10 millions d’euros, auraient été versés. Les enquêteurs soupçonnent une partie de ces fonds d’avoir servi aux activités de son frère Eduardo aux États-Unis.
La police fédérale s’intéresse aussi à ses liens avec l’avocat Willer Tomaz et des sociétés de paris sportifs. Il aurait eu accès au compte bancaire d’une société offshore liée à cet homme d’affaires. La police recherche un éventuel intérêt économique dissimulé. Flávio Bolsonaro nie toute irrégularité et dénonce des accusations politiques. Aucune de ces enquêtes n’a débouché sur une condamnation.
Une affaire de salaires détournés jamais jugée au fond
Bien avant la présidentielle, Flávio Bolsonaro avait déjà été rattrapé par une affaire de fonds publics. En 2020, le parquet de Rio de Janeiro l’avait accusé d’avoir participé, lorsqu’il était député régional, à un système de « rachadinhas » : des collaborateurs auraient été contraints de restituer une partie de leur salaire. Au centre des investigations figurait Fabrício Queiroz, ancien policier et proche de la famille. Les détournements présumés atteignaient 6,1 millions de reais.
L’affaire a été classée en 2022, après l’annulation des preuves sur lesquelles reposait l’accusation, pour des motifs de procédure. Flávio Bolsonaro n’a pas été jugé sur le fond. Il présente ce classement comme une victoire judiciaire. Ce classement n’a pas levé les interrogations sur plusieurs mouvements d’argent liquide et acquisitions immobilières.
Du père emprisonné au frère installé aux États-Unis
Le scénario rappelle celui de Jair Bolsonaro. Battu en 2022, l’ancien président était parti en Floride avant l’investiture de Luiz Inácio Lula da Silva. Revenu au Brésil, il a été condamné, en septembre 2025, à vingt-sept ans et trois mois de prison pour sa participation à une tentative de coup d’État. Il purge sa peine en détention à domicile pour raisons de santé.
Eduardo Bolsonaro, lui, vit aux États-Unis depuis mars 2025. En juin 2026, il a été condamné à quatre ans et deux mois de prison pour avoir exercé des pressions sur la justice brésilienne, en cherchant à obtenir des sanctions américaines pour entraver le procès de son père. Un mandat d’arrêt a été délivré contre lui en octobre. Le mandat sénatorial de Flávio Bolsonaro s’achèvera en janvier 2027, tandis que les enquêtes le visant se poursuivent.






