Édouard Balladur est mort lundi 31 août à Paris à l’âge de 97 ans. Figure centrale de la droite française pendant plusieurs décennies, l’ancien premier ministre avait occupé Matignon entre mars 1993 et mai 1995, au cours de la deuxième cohabitation avec François Mitterrand. Il laisse derrière lui l’image d’un homme d’État à la fois austère, technocrate et profondément politique, longtemps resté dans l’ombre avant de tenter de conquérir l’Élysée.
Né le 2 mai 1929 à Smyrne, aujourd’hui Izmir, en Turquie, Édouard Balladur rejoint le Conseil d’État après l’ENA. Sa carrière prend véritablement son envol auprès de Georges Pompidou, dont il devient conseiller à Matignon en 1964, puis secrétaire général de l’Élysée entre 1969 et 1974. Il participe notamment aux négociations des accords de Grenelle en mai 1968.
Édouard Balladur, artisan de la cohabitation
Avant de devenir lui même premier ministre, Édouard Balladur avait largement contribué à théoriser la cohabitation. Dès 1983, il défend dans une tribune l’idée que la droite devrait gouverner avec François Mitterrand si elle remportait les législatives de 1986, plutôt que rechercher l’affrontement institutionnel. Jacques Chirac devient finalement premier ministre en 1986 et confie à Édouard Balladur le ministère de l’Économie, des Finances et de la Privatisation.
À Bercy, il pilote une vaste vague de privatisations. Saint Gobain, Paribas, Société générale, TF1, Havas ou encore Matra passent dans le secteur privé. Cette politique contribue à construire sa réputation d’homme de l’économie et lui permet de s’imposer progressivement comme l’un des principaux responsables de la droite.
Après la victoire écrasante de la droite aux législatives de 1993, François Mitterrand le nomme premier ministre. Édouard Balladur dirige alors un gouvernement dans lequel siègent notamment Nicolas Sarkozy, Charles Pasqua et François Léotard. Son passage à Matignon est marqué par une cohabitation relativement apaisée avec l’Élysée, mais aussi par une forte montée du chômage et plusieurs conflits sociaux.
La présidentielle de 1995 et la rupture avec Jacques Chirac
Sa popularité conduit progressivement Édouard Balladur à envisager l’élection présidentielle de 1995. Cette candidature provoque une rupture majeure avec Jacques Chirac, son ancien allié, qui estimait disposer du soutien naturel de son premier ministre. Plusieurs responsables de la droite, dont Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua, choisissent alors le camp Balladur.
Longtemps favori des sondages, Édouard Balladur voit pourtant sa campagne s’essouffler. Au premier tour, il recueille 18,6 % des voix, derrière Lionel Jospin et Jacques Chirac. Il appelle immédiatement à voter pour ce dernier, qui remporte finalement l’élection, mais leur relation politique ne retrouvera jamais son équilibre précédent.
L’ancien premier ministre avait lui même porté un regard sévère sur la vie politique. « Tout l’art de la politique consiste à plaire afin d’être choisi, puis maintenu en place », écrivait il en 2010, avant d’ajouter que le monde politique était celui « de la médisance et de l’envie ».
Édouard Balladur restera associé à l’affaire Karachi
Après son échec présidentiel, Édouard Balladur reste député de Paris jusqu’en 2007 et conserve une influence intellectuelle au sein de la droite. Nicolas Sarkozy lui confie cette année là la présidence d’un comité chargé de réfléchir à la modernisation des institutions, dont plusieurs recommandations nourriront la réforme constitutionnelle de 2008.
La fin de sa carrière publique est néanmoins marquée par l’affaire Karachi. La justice s’est intéressée au financement de sa campagne présidentielle de 1995, après la découverte d’un versement en espèces de 10,25 millions de francs sur son compte de campagne. Les enquêteurs soupçonnaient l’existence de rétrocommissions liées à des contrats d’armement conclus avec le Pakistan et l’Arabie saoudite.
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Édouard Balladur a finalement été relaxé en mars 2021 par la Cour de justice de la République, faute de preuve suffisante établissant qu’il connaissait l’origine frauduleuse des fonds. Son ancien ministre de la Défense François Léotard avait en revanche été condamné à deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d’amende.
Pendant près d’un demi siècle, Édouard Balladur aura ainsi occupé presque toutes les positions du pouvoir, du conseiller de l’ombre au candidat à l’Élysée. « J’ai aimé gouverner », reconnaissait il lui même, une formule qui résume peut être le mieux une carrière entièrement construite autour de l’exercice de l’État.


