Cinq jours après l’explosion d’une grenade assourdissante devant le lycée Auguste-Béhal de Lens, dans le Pas-de-Calais, les circonstances de la mutilation d’un adolescent de 15 ans continuent de faire l’objet de versions contradictoires. Dans un communiqué publié samedi 10 octobre, son avocate, Christine Bouquet-Wattez, affirme que le jeune homme « dément avoir ramassé la grenade » et « nie toute participation à des violences ».

Cette prise de position intervient au lendemain des déclarations du procureur de la République de Béthune, Étienne Thieffry, qui avait présenté les premiers éléments de l’enquête confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). L'adolescent, amputé de la main gauche après l'explosion, n'a pas encore été entendu par les enquêteurs, son état de santé ne le permettant pas.

Une version policière contestée par la famille

Selon les constatations communiquées vendredi par le parquet, la grenade aurait été tirée à environ 80 mètres par un CRS, avant de retomber au sol. Plusieurs manifestants s'en seraient alors approchés et l'un d'entre eux l'aurait saisie avant son explosion. Le magistrat indique que la majorité des témoignages recueillis concordent sur ce déroulement, à l'exception d'un seul.

L'enquête ne dispose toutefois d'aucune vidéo montrant directement l'instant de l'explosion. L'avocate de l'adolescent s'étonne que les premières conclusions aient été rendues publiques avant même que son client puisse livrer sa version. Elle dénonce une présentation des faits susceptible de faire peser sur le lycéen la responsabilité de ses blessures et insiste sur sa qualité de victime.

La mère de l'adolescent, entendue jeudi par les enquêteurs, a déposé plainte pour les blessures subies par son fils. Les investigations doivent désormais déterminer les circonstances exactes de l'explosion, mais également apprécier les conditions dans lesquelles la grenade a été utilisée.

Un tir jugé conforme aux procédures

Dans son communiqué du 9 octobre, Étienne Thieffry a précisé que le CRS à l'origine du tir avait agi sur ordre de sa hiérarchie, conformément aux instructions prévues dans sa formation. Cette appréciation porte néanmoins sur les premières constatations techniques et ne clôt pas l'enquête judiciaire.

L'engin utilisé est une grenade assourdissante EF-SON, introduite récemment dans l'équipement des forces de l'ordre. Fabriquée par l'entreprise française Alsetex, elle peut être propulsée à plusieurs dizaines de mètres et provoquer une détonation particulièrement puissante. À la suite du drame, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a suspendu mercredi son utilisation dans le cadre des mobilisations lycéennes, dans l'attente de conclusions plus précises.

Un maintien de l'ordre sous surveillance

L'affaire intervient dans un climat de tensions croissantes autour des manifestations lycéennes engagées depuis la mi-septembre pour réclamer davantage de moyens dans l'Éducation nationale. Selon le bilan gouvernemental communiqué vendredi, plus de 6 800 personnes, dont une très large majorité de mineurs, ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement.

Les affrontements ont également fait plusieurs centaines de blessés parmi les manifestants et les forces de l'ordre. Le ministère de l'Intérieur faisait état vendredi de 24 enquêtes ouvertes par l'IGPN. Parmi les cas les plus graves figure celui d'un adolescent de 14 ans, grièvement blessé au visage par une grenade lacrymogène à Saint-Ouen-l'Aumône, dans le Val-d'Oise.