Présidentielle 2027 : la flambée des taux fait entrer les marchés dans la campagne

Le taux d’emprunt français à dix ans a franchi les 4 %, un niveau inédit depuis 2009. À quelques mois de la présidentielle 2027, cette remontée brutale du coût de la dette alimente les réactions politiques et réduit déjà les marges de manœuvre des candidats.

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La campagne présidentielle commence à se dérouler sous une contrainte que les candidats ne pourront guère ignorer. Le rendement de l’emprunt français à dix ans a franchi cette semaine les 4 %, retrouvant des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis 2009. La progression concerne une grande partie des dettes européennes, mais elle intervient en France alors que les finances publiques restent particulièrement dégradées et que les candidats commencent à détailler leurs projets économiques.

La dette publique dépasse désormais 3 500 milliards d’euros et la hausse des taux renchérit progressivement son financement. Les obligations émises lorsque la France pouvait encore emprunter presque gratuitement arrivent à échéance et doivent être remplacées par des titres beaucoup plus coûteux. Cette évolution fait du redressement des comptes publics l’un des premiers sujets économiques de la présidentielle.

Édouard Philippe veut éviter de « ne plus pouvoir décider de quoi que ce soit »

Édouard Philippe est celui qui insiste le plus directement sur le risque lié à l’endettement. Lors de son grand meeting parisien du 5 juillet, le maire du Havre avait assuré vouloir redresser les comptes « en baissant la dépense, plutôt qu’en augmentant les impôts, et en travaillant plus ». Il avait surtout prévenu qu’« avec une dette qui explose et un déficit public qu’on n’arrive plus à maîtriser, on ne va bientôt plus pouvoir décider de quoi que ce soit ».

Le candidat d’Horizons assume que cet effort pèsera sur une partie de la population. « Je demanderai des efforts, mais des efforts justes, des efforts partagés, des efforts étalés dans le temps », avait il expliqué, en promettant de préserver les salariés les plus modestes tout en demandant aux cadres de travailler plus longtemps et aux retraités de « contribuer davantage ».

Cette ligne s’inscrit au cœur de son projet présidentiel. Édouard Philippe estime désormais que la France « continue d’emprunter comme si de rien n’était » et qu’elle abandonne progressivement « notre liberté à nos créanciers ».

Gabriel Attal promet de réformer le modèle social

Gabriel Attal défend lui aussi une réduction des déficits, mais cherche à différencier sa méthode de celle de son ancien premier ministre. Interrogé fin juin sur les 3 536 milliards d’euros de dette publique, il avait assuré qu’« il faut assumer de réformer notre modèle social » pour réduire durablement les dépenses.

L’ancien premier ministre vise notamment les retraites. Il propose de remplacer l’âge légal de départ par une durée de cotisation et d’introduire davantage de capitalisation dans le système. Il s’est également fixé comme objectif de ramener le déficit public à zéro à l’horizon 2037 et a proposé la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires.

Son bilan à Matignon reste cependant utilisé contre lui. Lors d’un débat sur LCI, Manuel Bompard lui avait rappelé les 10 milliards d’euros d’économies décidés en urgence en 2024, tandis que Sébastien Chenu lui lançait : « Vous avez endetté le pays. »

Jean Luc Mélenchon veut s’attaquer directement à une partie de la dette

À gauche, Jean Luc Mélenchon défend une approche radicalement différente. Le candidat de La France insoumise remet en cause la manière même dont une partie de la dette détenue par les banques centrales est comptabilisée. Il propose d’annuler les titres détenus par la Banque centrale européenne et la Banque de France, qui représentent environ 18 % de la dette française.

Dans une intervention largement relayée cet été, Jean Luc Mélenchon résumait sa proposition en termes volontairement provocateurs : « Il suffit de prendre les titres de dette et de les foutre au feu. » Selon lui, les obligations détenues par les banques centrales pourraient être neutralisées sans demander aux ménages de financer leur remboursement.

Cette proposition suscite un débat important parmi les économistes sur ses conséquences monétaires et juridiques. Elle place surtout Jean Luc Mélenchon à l’opposé des candidats du bloc central, qui considèrent le désendettement comme une condition préalable à de nouvelles dépenses publiques.

Marine Le Pen encore attendue sur le financement de ses promesses

Marine Le Pen doit, elle, encore préciser une partie de son programme économique pour 2027. Le Rassemblement national a profondément fait évoluer sa doctrine depuis les précédentes présidentielles, abandonnant notamment la sortie de l’euro et plusieurs propositions de financement monétaire de la dette. Le parti affirme désormais vouloir respecter à terme la règle européenne d’un déficit inférieur à 3 % du PIB.

Cette évolution ne règle toutefois pas la question du financement des mesures promises par Marine Le Pen. Les baisses de TVA, les dispositifs en faveur du pouvoir d’achat ou les dépenses consacrées à la sécurité devront être conciliés avec un coût de financement de la dette bien supérieur à celui de 2022.

La progression des taux donnera donc une importance particulière au chiffrage des programmes au cours des prochains mois. À mesure que les candidats préciseront leurs propositions, leur capacité à convaincre ne se jouera plus uniquement sur le montant des dépenses ou des économies annoncées, mais sur la crédibilité de leur financement dans une France qui emprunte désormais à plus de 4 %.

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