Présidentielle 2027 : Édouard Philippe durcit sa ligne sur l’immigration à Mayotte

À la veille de son déplacement à Mayotte, Édouard Philippe promet de suspendre les nouvelles demandes d’asile, le droit du sol et l’immigration familiale dans l’archipel s’il est élu en 2027. Le candidat Horizons fait du contrôle migratoire l’un des marqueurs de sa rentrée.

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Édouard Philippe veut faire de Mayotte le laboratoire de sa politique migratoire. À la veille de son déplacement dans l’archipel, vendredi 21 et samedi 22 août, le candidat Horizons à la présidentielle de 2027 assume un net durcissement de sa ligne. Dans un entretien à France Mayotte Matin, il estime que « l’urgence est de fermer les vannes de l’immigration. Pas à moitié. Totalement ».

L’ancien premier ministre avance plusieurs mesures qui reviendraient à instaurer un régime migratoire encore plus dérogatoire dans le département. S’il accède à l’Élysée, il promet notamment que « l’enregistrement de toute nouvelle demande d’asile à Mayotte sera suspendu pendant le prochain quinquennat ». Il assure rester « attaché au droit d’asile », mais considère que le territoire ne peut plus absorber de nouvelles arrivées.

Édouard Philippe veut suspendre le droit du sol à Mayotte

Le candidat veut également aller plus loin sur le droit du sol, déjà restreint à Mayotte. « Il faut aller encore plus loin et le suspendre totalement pendant plusieurs années », affirme Édouard Philippe. Son projet prévoit plus largement « un moratoire total sur les voies d’accès à l’immigration à Mayotte pour toute la durée du quinquennat », qui concernerait également l’immigration familiale.

Mayotte comptait 323 153 habitants au 1er janvier 2026, selon le dernier recensement exhaustif de l’Insee. La population a augmenté de 26 % depuis 2017, soit 66 600 habitants supplémentaires, ce qui en fait le département français connaissant la plus forte croissance démographique. L’Insee précise toutefois que cette progression s’explique par un solde naturel très positif et estime que le solde migratoire est redevenu légèrement négatif sur la période récente.

Édouard Philippe justifie son projet par la diversification des routes migratoires vers l’archipel. « Quel est le sens de créer un appel d’air supplémentaire pour une immigration africaine qui vient se surajouter à une immigration comorienne hors de contrôle ? C’est absurde, hypocrite et dangereux pour le territoire », explique-t-il.

Un « centre de retour » français en Afrique de l’Est

L’ancien premier ministre propose aussi d’accélérer les éloignements de personnes en situation irrégulière. Il souhaite qu’un « centre de retour français soit installé dans la région, en Afrique de l’Est, afin d’éloigner rapidement et massivement les étrangers en situation irrégulière installés à Mayotte ».

Cette proposition s’inscrit dans un mouvement de durcissement déjà engagé par les pouvoirs publics. La loi de programmation pour la refondation de Mayotte, promulguée en août 2025, a renforcé plusieurs dispositifs spécifiques applicables au territoire après le cyclone Chido. Le droit des étrangers y faisait déjà l’objet de nombreuses dérogations par rapport à l’Hexagone.

Le programme avancé par Édouard Philippe soulève néanmoins des questions juridiques. La suspension totale et durable du droit du sol ou de l’enregistrement des demandes d’asile supposerait de nouvelles modifications législatives et pourrait se heurter à des principes constitutionnels et aux engagements internationaux de la France. Plusieurs juristes interrogés ces derniers mois sur les régimes dérogatoires à Mayotte ont déjà souligné les limites auxquelles se heurtent certaines mesures spécifiques au département.

Mayotte devient un marqueur de la campagne d’Édouard Philippe

Ce déplacement doit surtout permettre à Édouard Philippe de relancer sa campagne présidentielle après plusieurs semaines de discrétion. En choisissant Mayotte pour sa rentrée, le maire du Havre place immédiatement l’immigration, la sécurité et l’autorité de l’État au cœur de sa séquence politique.

Il associe toutefois cette priorité à la reconstruction de l’archipel, profondément touché par le cyclone Chido en décembre 2024. « Sur Mayotte, je fixe deux priorités : reprendre le contrôle migratoire, accélérer la reconstruction et les grands équipements », explique-t-il. Avant d’ajouter : « Moi, je promettrai peu. Mais je fais confiance aux Mahorais, si l’État joue sa part, pour faire de Mayotte une pépite de l’océan Indien. »

Le déplacement intervient également quelques jours avant celui de Sébastien Lecornu, attendu à son tour à Mayotte. Ce chassé croisé nourrit déjà la lecture présidentielle de la séquence, alors que les rivalités se précisent au sein du bloc central.

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