La défense de Bally Bagayoko prend désormais une dimension politique et raciale. Au lendemain de l’annonce d’une enquête préliminaire du Parquet national financier visant le maire LFI de Saint Denis, Éric Coquerel a dénoncé mardi matin une procédure qui chercherait selon lui à fragiliser l’un des élus les plus emblématiques de La France insoumise. « Ce que l’on ne supporte pas, c’est le fait qu’il soit noir et insoumis », a affirmé le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale sur LCI.
Le PNF cherche à établir dans quelles conditions Bally Bagayoko a continué à être employé par la RATP tout en exerçant plusieurs mandats locaux. L’enquête, ouverte le 19 août, vise notamment des faits susceptibles de relever du détournement de fonds publics, du recel et de la concussion. Elle ne préjuge à ce stade d’aucune infraction commise par l’élu, qui reste présumé innocent.
Bally Bagayoko au cœur de soupçons sur son emploi à la RATP
L’affaire trouve son origine dans des révélations du « Canard enchaîné » concernant le cumul entre l’emploi de Bally Bagayoko à la RATP et ses responsabilités politiques à Saint Denis. L’association AC!! Anti Corruption a ensuite déposé une plainte contre X auprès du PNF, évoquant notamment des soupçons de détournement de fonds publics, d’emploi fictif, de prise illégale d’intérêts et de cumul irrégulier d’activités.
Le parquet indique vouloir effectuer des « vérifications utiles concernant les conditions d’emploi » du maire au sein de la régie. Les interrogations portent notamment sur son recrutement en 2000, son activité effective et l’organisation de son temps de travail parallèlement à ses mandats d’élu.
Bally Bagayoko conteste toute irrégularité. Après l’ouverture de l’enquête, son entourage a indiqué qu’il était « serein sur l’issue » de la procédure. L’élu a lui même assuré vouloir que l’affaire soit traitée rapidement et s’est déclaré disponible pour répondre à la justice.
Éric Coquerel évoque une « tempête dans un verre d’eau »
Éric Coquerel balaie pour sa part la portée des accusations. « C’est une tempête dans un verre d’eau », a t il affirmé sur LCI, avant d’assurer que l’enquête « ne mènera à rien ». Selon lui, le cumul entre un mandat d’adjoint et une activité professionnelle n’a rien d’exceptionnel, notamment parce que les indemnités d’élus locaux ne permettent pas toujours de vivre sans emploi complémentaire.
Le député de Seine Saint Denis va surtout plus loin en reliant directement les attaques visant Bally Bagayoko à son profil politique et social. « Bally Bagayoko est visé parce qu’il est noir, mais aussi parce qu’il est issu des quartiers populaires. Le fait qu’il soit insoumis, c’est la cerise sur le gâteau », a t il déclaré. Il accuse également d’anciens responsables socialistes de Saint Denis d’avoir alimenté les révélations contre le nouveau maire.
Mathilde Panot a développé une ligne similaire, dénonçant une « campagne raciste » contre Bally Bagayoko. La direction de LFI présente depuis plusieurs mois l’élu comme l’un des symboles de la « nouvelle France » défendue par Jean Luc Mélenchon, notamment dans les quartiers populaires et les villes de banlieue.
Une seconde plainte évoque près de 200 élus
Le dossier pourrait toutefois dépasser le seul cas de Bally Bagayoko. Une deuxième plainte de l’association AC!! Anti Corruption, déposée après de nouvelles révélations du « Canard enchaîné », porte sur un possible système concernant près de 200 élus franciliens employés par la RATP. Elle évoque un mécanisme présumé d’emplois de complaisance dont auraient pu bénéficier des responsables politiques « de tout bord ».
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Cet élément est précisément utilisé par les soutiens du maire pour contester l’idée qu’il aurait bénéficié d’un traitement exceptionnel. Le député communiste Stéphane Peu, qui connaît Bally Bagayoko depuis plusieurs décennies, rappelle qu’« une majorité d’élus avait une profession à côté, comme dans toutes les municipalités de France ».
Le PNF devra désormais distinguer ce qui relève du fonctionnement habituel des dispositifs permettant aux salariés d’exercer un mandat électif de ce qui pourrait constituer un avantage irrégulier. L’ouverture de l’enquête marque seulement le début de ces vérifications, mais la riposte de La France insoumise a déjà transformé le dossier judiciaire en nouvel affrontement politique autour du maire de Saint Denis.


