Sur les côtes de l'actuelle Turquie, près du détroit des Dardanelles, Olivier Rolin cherche les traces d'une cité dont la destruction hante la littérature occidentale depuis près de trois mille ans. Troie, ses remparts, ses héros, ses vaincus et ses légendes constituent le point de départ de La Guerre éternelle. Souvenirs de Troie (Gallimard), un récit qui refuse de laisser l'Antiquité à distance du présent. De la cité chantée par Homère aux champs de bataille ukrainiens, l'écrivain poursuit une même interrogation : pourquoi les hommes recommencent-ils, siècle après siècle, à détruire les villes et à massacrer leurs habitants ?

Romancier, voyageur et ancien militant révolutionnaire, Olivier Rolin n'en est pas à sa première traversée des territoires meurtris par l'histoire. Mais plutôt que de bâtir un essai sur les origines de la guerre, il entrelace observations de terrain, souvenirs personnels et lectures, convoquant aussi bien les tragédies antiques que les témoignages des conflits contemporains. Une construction fragmentaire où l'érudition ne cherche jamais à établir une continuité historique simpliste entre les batailles, mais à débusquer ce qui persiste dans les gestes de violence.

De Troie à Dresde, les mêmes cités anéanties

La destruction de Carthage par les Romains en 146 avant notre ère, les combats des Dardanelles pendant la Première Guerre mondiale, l'incendie de Smyrne en 1922 ou les bombardements alliés sur Dresde en 1945 composent les différentes étapes de cette géographie du désastre. Olivier Rolin s'attarde moins sur les stratégies militaires que sur le sort des vaincus, les villes livrées aux flammes et les civils emportés dans les représailles.

Le rapprochement avec les guerres actuelles, notamment en Ukraine, donne au texte une portée politique sans le transformer en manifeste. Les armes, les uniformes et les justifications ont changé, mais les pratiques d'anéantissement conservent d'inquiétantes ressemblances. « La cruauté humaine n'a pas de limites, l'imagination si », écrit Olivier Rolin, soulignant ce paradoxe d'une histoire dont les horreurs dépassent régulièrement les fictions censées les représenter.

Quand les légendes résistent aux fouilles

L'enquête se déploie également sur le terrain plus incertain de l'archéologie. La guerre de Troie a-t-elle réellement eu lieu telle que les poètes l'ont racontée ? Au XIXe siècle, Heinrich Schliemann croyait avoir retrouvé la cité d'Homère sur le site d'Hisarlik. Mais ses fouilles, aussi spectaculaires que destructrices, ont contribué à brouiller les traces qu'elles prétendaient révéler. Olivier Rolin arpente ces vestiges avec la conscience que le mythe résiste à toutes les tentatives de vérification.

Cette incertitude nourrit une prose abondante, volontiers digressive, où les paysages se mêlent aux œuvres de Virgile, d'Euripide ou de Simone Weil. La profusion des références peut parfois ralentir le récit, mais elle permet aussi d'éviter la solennité écrasante qui menace toute évocation des catastrophes historiques