La parole est inhabituelle, le ton direct. Dans une tribune publiée dimanche dans le Le Journal du dimanche, Vincent Bolloré s’attaque frontalement à une partie du monde de l’édition. Il y dénonce « une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous », accusée d’imposer ses vues et de verrouiller l’accès à la publication.
Cette sortie intervient alors que les tensions se multiplient depuis plusieurs mois au sein du groupe Hachette Livre, passé sous le contrôle de Vivendi. En toile de fond, la question de l’indépendance éditoriale des maisons historiques, dont Éditions Grasset.
Une critique frontale de « l’entre-soi »
Dans sa tribune, Vincent Bolloré ne cite aucun nom mais vise clairement un fonctionnement qu’il juge fermé. Il décrit un milieu dominé par quelques acteurs influents, capables selon lui d’imposer une ligne idéologique et d’écarter des auteurs ou des idées jugés non conformes.
« Une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous », écrit-il, dans une formule qui résume sa charge. L’industriel oppose à cet état de fait la nécessité d’un plus grand pluralisme éditorial, sans détailler concrètement les leviers envisagés.
Cette critique s’inscrit dans une ligne déjà perceptible dans d’autres médias contrôlés par Vivendi, où la question de la diversité des opinions est régulièrement mise en avant.
Grasset, au cœur des crispations
Si la tribune ne mentionne pas directement Grasset, le contexte donne un relief particulier à cette prise de position. La maison d’édition, fondée en 1907, s’est retrouvée ces derniers mois au centre de discussions internes et publiques sur son orientation.
Plusieurs épisodes ont alimenté les inquiétudes d’auteurs et d’éditeurs, sans qu’une inflexion officielle de la ligne éditoriale ne soit annoncée. Mais l’intégration au sein d’un groupe en pleine recomposition, sous l’impulsion de Vincent Bolloré, nourrit les interrogations.
Dans ce cadre, la tribune apparaît comme un signal politique adressé à l’ensemble du secteur, bien au-delà du seul cas de Grasset.
Une stratégie d’influence assumée
Depuis la montée au capital de Vivendi dans Lagardère, puis la prise de contrôle de ses actifs, Vincent Bolloré a progressivement étendu son influence sur plusieurs segments clés du paysage médiatique français, de la télévision à la presse, en passant par l’édition.
La publication de cette tribune dans le Journal du dimanche, lui-même passé sous contrôle du groupe, illustre une évolution dans sa communication. Longtemps discret, l’homme d’affaires intervient désormais plus directement dans le débat public.
Ses détracteurs dénoncent une volonté d’orientation idéologique des contenus, quand ses soutiens évoquent une correction d’un déséquilibre historique dans le traitement des opinions.


